cafe-concert

Publié le 11 Août 2018

Il était une fois, autrefois, il y a cent ans, un chanteur... Au fait, peut-on le dire chanteur ? Disons un fantaisiste.
Comme dit notre ami Wiki : Son répertoire de chansons à l'humour incongru, et souvent scabreux, a fait de lui une des vedettes les plus populaires du café-concert.

Dranem au Panthéon


Armand Ménard, dit Dranem (transformation anacyclique de son nom de famille), s'est senti tout jeune une vocation d'artiste. Il débute comme comique troupier, genre très en vogue vers 1895 (déjà évoqué naguère Dranem -----> ici), mais ne convainc ni les spectateurs, ni les directeurs de caf' conc'.

En 1895, il s'achète une petite veste étriquée, un pantalon trop large et trop court, jaune rayé de vert, d'énormes godasses sans lacets et un petit chapeau bizarre. Les joues et le nez maquillés de rouge, il entre en scène en courant, comme poursuivi. Il s'arrête devant le trou du souffleur et chante les yeux fermés, qu'il n'ouvre que pour simuler la frayeur de débiter pareilles incongruités. C'est un triomphe. Le genre Dranem est né.

Dranem au Panthéon

Contrepèterie, calembour, grivoiserie, non-sens, délire. Ne vous étonnez donc pas que Dranem rejoigne dès aujourd'hui le Panthéon duduesque.

On possède peu de documents filmés des chansons de Dranem. Néanmoins, en 1905, il enregistre douze phonoscènes qui sont les ancètres du scopitone et du clip vidéo.

Dranem a joué dans de nombreuses opérettes et tourné dans quelques films qui n'ont pas laissé un souvenir impérissable.

Florilège non-exhaustif des chansons de Dranem
Cliquez sur l'image pour écouter,
puis sur le titre en orange pour voir s'afficher
devant vos yeux ébahis les paroles, toutes d'une haute tenue littéraire, enviées par
Guillaume Apollinaire, Paul Eluard, Louis Aragon et Jacques Prévert.

[Remarque : Les paroles disparaissent si vous recliquez dans l'article, mais restent dans une fenêtre à l'arrière-plan.]

Le trou de mon quai
Quand ma zézette yoyotte
Tu sens la menthe
Quand on n'en a pas
Les fruits cuits

La vigne aux moineaux

J'en suis un

La raie

Raymonde

Henri pourquoi n'aimes-tu
pas les femmes ?


Monique

Ah ! les p'tits pois

Boris Vian disait de lui “Comment Dranem peut-il avoir le toupet de débiter devant un public hilare les inepties de son répertoire ? La bêtise volontaire poussée à ce point confine au génie."

Dranem au Panthéon

A noter aussi que Dranem fut le fondateur de la maison de retraite de Ris-Orangis pour les anciens du spectacle qui existe encore de nos jours.

Il meurt le 13 octobre 1935, à l'âge de 66 ans, en pleine gloire alors qu'il vient d'être fait officier de la Légion d'honneur. Ultimes volontés : « J'ai toujours fait rigoler mes amis pendant ma vie, je ne veux pas les attrister pendant mes funérailles ». Défense donc de lui rendre visite sur son lit de mort et de suivre ses funérailles.

 

Un p'tit bonus et un point d'orgue à cet article : un joli exercice de style signé Dranem intitulé Romance subjonctive.



J'eus jadis une folle maîtresse très forte sur les subjonctifs.
Comme le sort voulût que nos amours
se brisassent,
Il fallait que je composasse cette romance
Pour que mes larmes se séchassent
Et que mes sanglots s'étouffassent.
Avant que je ne commençasse,
Je demanderais que vous écoutassiez cette complainte
Qui est la plus triste de toutes celles que vous ouîtes.

De mes caresses vous rougîtes,
Puis ensuite vous les subîtes
Pourquoi faut-il que d'notr' passion
À présent nous ricanassions ?
Tout d'abord vous m'idolâtrâtes,
Puis avec un autr' vous m'trompâtes
J' n'aurais pas cru que vous l'pussiez.
Et qu'mon rival vous l'aimassiez.

{Refrain:}
Amer, amer destin du cœur
Femme légère que vous fûtes
Vous fîtes hélas pour mon malheur
Toutes les peines que vous pûtes.

l fallait que j'vous écrivisse,
Ou que chaque jour je vous visse
Pour que vous me soupirassiez
Les mots dont vous m'baptisassiez.
Fallait que je m'agenouillasse
Sans que jamais je reculasse,
Pour que nous nous adorassions
Et puis qu'nous nous dégoûtassions,
Et puis que nous nous plaquassions.

{Refrain:}
Amer, amer destin du cœur
Dans l'amour que vous suscitâtes
Vous fîtes germer la douleur
Et ce jour-là, vous m'épatâtes !

Sans que jamais je marchandasse
Il fallait que je roucoulasse
Les vœux que vous incarnassiez
Et que vous accumulassiez.
En échange d'vos ch'veux qu'vous m'offrîtes,
C'est avec joie que vous me prîtes
Les mèches que vous désirassiez
Car j'voulus bien que vous m'éméchiez.

{Refrain:}
Amer, amer destin du cœur
Quand un beau jour nous constatâmes
Qu'nos ch'veux lâchaient nos crânes vainqueurs,
Dès lors nous nous déplumardâmes

Vous n'm'aimiez plus, fallait que j'eusse
Bien des forces pour que je pusse
Prendre mon cœur sans qu'vous l'retinssiez
Pour ne pas qu'vous l'abîmassiez.
Combien de cruautés vous eûtes
Que de noirs projets vous conçûtes
Pour que vous m'ensorcelassiez
Et que vous me poignardassiez.

{Refrain:}
Amer, amer destin hélas
Il fallait que j' vous oubliasse
Car votre nom, trop m'écervelât
Pour que jamais vous l'répétasse.

 

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Rédigé par Dudu49

Publié dans #caf conc, #café-concert, #Dranem

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Publié le 11 Octobre 2014

(Suite de l'article précédent)

          Dumaine phénomène vocal, l'inimitable comique troupier dans ses scènes de la vie de caserne : [affiche] / [H. O ?] ; photo Régis - 1

Le Comique Troupier est un genre musical très en vogue dans les premières décennies du XXe siècle.

Wikipedia :

À partir de la fin du XIXe siècle, le comique troupier devient un genre à la mode pour des artistes masculins de café-concert, vêtus sur scène en uniformes militaires, qui interprètent des monologues ou des chansons comiques liées à la vie de soldat.
Le premier artiste connu du genre est Éloi Ouvrard, qui se fait remarquer autour de 1876-1877. Le comique troupier a plusieurs représentants comme Polin, Dranem, Bach, Croidel, Vilbert, Paul Lack, Blon D'hin, Gabriel Vallez, Dufleuve, Gaston Ouvrard.
Comme d'autres artistes de l'époque, Fernandel, Maurice Chevalier, Raimu, Rellys et Louis-Jacques Boucot ont commencé leur carrière en tant que comiques troupiers. Le costume typique est celui du soldat de première classe : képi, pattes de collet et pantalon rouge garance, capote en laine gris de fer bleuté à martingale, jambières et brodequins en cuir.
Le genre connaît son apogée avant la Première Guerre mondiale et s'éteint peu à peu.


Il met en scène de braves troufions en général un peu benêts souvent aux prises avec la hiérarchie : adjudants acariâtres, capitaines bourreaux des cœurs, commandants vieilles badernes. Le troupier, lui, subit la loi des corvées militaires, les manœuvres, la vie au bataillon, les flirts avec les bonniches et le personnel féminin des casernes et les déceptions amoureuses...
Bref tout un microcosme reconstitué en chansons.

Bon, musicalement, on ne peut pas dire que c'est génial. Côté paroles, la naïveté y cotoie la banalité. Mais on passe néanmoins un petit moment agréable à écouter ces airs d'un autre temps.

 

    Ouvrard - Je ne suis pas bien portant

    Polin - L'anatomie du conscrit

    Bach - Avec Bidasse

    Fernandel - Les deux bonniches

A suivre...

 

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Rédigé par Dudu49

Publié dans #café-concert, #comique, #fernandel, #troupier

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