raoul

Publié le 10 Octobre 2019

Dans le cadre de notre grande rubrique "Anatomie d'un chef-d'œuvre musical suivie de quelques considérations historiques et remarques linguistiques picardes" (voir -----> ici), Si j'avos su... a le plaisir de vous présenter aujourd'hui une œuvre inoubliable interprétée par le grand Raoul de Godewarsvelde, bien sûr très présent dans nos pages (voir -----> ici) :


 Si j'avos su, j'aros resté garchon

Version originale de Bertal, chanteur populaire lillois des années 20, 30 et 40

 

Maintenant une écoute agrémentée d'images tirées du livre Les chansons en imaches de Raoul de Godewarsvelde (Éditions Imbroglio - 2006).

Si j'avos su...

Attention, ne vous fiez pas aux paroles écrites dans la bande dessinée, la transcription est très approximative...

 

Voici maintenant les vraies paroles de ce chef d’œuvre :
(Notez que le deuxième couplet est complétement différent de la version originale de Bertal)

 

À vingt-chinq ans quand j'ai connu Lodie
Je n' vous l' cache point, j' l'aimos comme mes deux yeux
Pour li prouver je l' marios à l' brad'rie
J' comptos fin bien avoir un sort heureux
Mais j' n'avos point pus tros s'maines eud' ménache
Qu'elle retournot déjà tout dins m' mason
Que d' fos j'ai dit, in pinsant au mariache
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon


Auparavant elle n'étot point coquette
Même eul' dimanche, elle mettot point d' capieau
À ch't' heure la belle, i li faut de l' toilette
À chaque saison, i li faut du nouvieau
À l' poud' eud' riz, elle barboulle sin visache
Elle frise s' tiête tout comme un quien mouton
Elle se gasconne, faut intinde sin lingache
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon


Comme tous les jours, eun' nouvielle maladie
Est découverte par tous ches brafes méd'cins
Cont' les microbes, elle prind de l' garantie,
In avalant du g'nief' tous les matins
Dins les cantines, jusqu'au vin elle mesure
Elle est connue tout à fait comme l'houblon
À tous les r'pas, j' minge des peimmes tierre à l' plure
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon


Jeunes gins quind vous verrez qu'eun' sainte-nitouche
Vous parle d'amour, in abachant ses yeux
Méfiez-vous z'in, car bien souvint ch'est louche
Faire du batt'mint, ch'est c' qu'eun' femme elle fait d'mieux
Eun' fos marié, ch'est l'boulet pour la vie
Qu'il faut traîner hélas sans rémission
J'in ai la preuve, par m' puante Lodie
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon

 

Passons à l'étude linguistique de cet immense texte littéraire :

Conjugaison
- Tout d'abord, un retour rapide sur la conjugaison à l'imparfait où les terminaisons en ais, ait... se font en os, ot... J' l'aimos, je l' marios, j' comptos, j' n'avos, elle retournot, elle n'étot, elle mettot.
Prononciation
- En patois lillois, les "ge" finaux se transforment souvent en "che", voir ménache, mariache, visache, lingache...
De même, le son "s" devient bien souvent "ch" : vingt-chinq, garchon, à ch't' heure (à cette heure, maintenant), in abachant (en abaissant), ch'est...
- Le son "an" se transforme souvent en "in" : dins, in pinsant, intinde, elle prind, j' minge, souvint, du batt'mint, j'in ai la preuve...
- Dans certains mots, on intercale un "i" dans la  dernière syllabe non muette : s' tiête, nouvielle, et particulièrement dans les noms en "eau": capieau (chapeau), nouvieau...
Mots et expressions
- Je l' marios à l' brad'rie (Je l'épousais à la braderie). La braderie de Lille est un événement important. Se marier à la braderie fait donc partie d'un grand événement... A noter l'emploi de marier en tant que verbe transitif : je la mariais.
- Si j'avos su, j'aros resté garchon. On pense indéniablement à la réplique du petit Gibus dans La Guerre des Boutons : Si j'aurais su, j'aurais pas venu. A la différence que la patois utilise correctement l'indicatif dans la première partie de la phrase. Par contre, "j'aros resté" fait un peu grincer les oreilles !

Si j'avos su...


- fin bien : dans cette expression "fin" veut dire très, extrêmement. On retrouve ce mot dans fin bénache (très tranquille, très heureux) ou fin bieau.
- un quien mouton : un chien mouton, bien sûr un caniche.
- Elle se gasconne : elle soigne son langage, n'emploie pas de mots patois. Elle a une attitude affectée et prétentieuse.
- du g'nief' : du genièvre. Jusque dans les années 50, il était encore habituel de se donner "un petit coup de fouet" en avalant un verre de genièvre avant de partir au travail. Il paraît que même les enfants avaient droit à un p'tit verre avant d'aller à l'école de bon matin...
- Elle est connue comme l'houblon (comme le houblon) : on pense tout de suite à l'expression "connu comme le loup blanc". Apparemment, elle se serait déformée dans les estaminets du Nord devant les pintes de bière... Certaines sources vont jusqu'à prétendre que l'expression "comme le houblon" est antérieure à l'autre ! Mais Dudu pense que la mauvaise foi régionaliste n'est pas loin...

Si j'avos su...


- des peimmes tierre à l' p'lure (des pommes de terre à la pelure). "Un sauret (hareng saur) et des peimmes tierre à l' p'lure" : un festin pour un vrai nordiste !

Si j'avos su...

 

Voilà qui clôt notre page musicale, culturelle et régionale.
Si j'avos su... espère que vous vous êtes cultivés ou pour le moins un peu amusés.

 

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Rédigé par Dudu49

Publié dans #bertal, #garchon, #lille, #patois, #raoul, #raoul de godewarsvelde, #si j'avos su

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Publié le 28 Août 2016

Pour clore cet ensemble d'articles, essayons de classer les titres des Capenoules et terminons par les très attendues chansons (vraiment, vraiment...) paillardes.

Il convient donc d'avertir les visiteurs que l'article d'aujourd'hui n'est pas destiné aux oreilles prudes ou sensibles.

Mais y'a pas... Dudu est obligé d'y passer s'il veut être exhaustif sur le sujet...

Donc , on vous disait : classification des chansons. Il est évident que certaines peuvent être classées dans plusieurs catégories. Et puis tout cela ne doit pas être pris trop au sérieux !

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

1 - Chansons régionales, voire locales, où sont cités des lieux ou des personnages typiquement nordistes ou lillois :
Les gars du Nord
Quind les inglaisses
Ch'est mi D'siré 
Charlot l' bochu
L' curé d' Saint-Louis
...

2 - Chansons festives ou/et chansons à boire :
La zizique à papa
Dins l' pouli à glaines
Pitche et Mitche

Dinse min fieux, dinse
Ch' qu'in veut nous zaut'
V'là l' diminche arrivé 
Ch'est un bon d'mi
Lève tin verre
...

3 - Chansons consacrées aux femmes (!!!!)
Eul' file d' Sainghin
Eul' grante berlousse 
Rosalie Babache
Eul' grosse Adrienne
Elle s'appelle Françoise
Eul' petite boteuse
Ah la pourrisse
Eun' file d' Saint Sauveur
Eul' planque à pain

C'est-y pas poétique, tout ça ?
Attention, maintenant, on rentre "dans le dur"...

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

4 - Chansons consacrées à l'appareil génital masculin, mais tout en douceur et à double sens. Les visiteurs assidus de Répertoire des Capenoules se douteront que c'est notre catégorie préférée...
  MinRépertoire des Capenoules p'tit s'rin
  Min poreau  
  Min p'tit frère
  Min p'tit arrosoir
... Notez qu'il est souvent p'tit...

5 - Chansons un peu "caca prout". Là aussi, Répertoire des Capenoules , on ne déteste pas...
T'iros ti ?
Eul' négresse
Tout ch' ti qui pisse
Jean Lariguette 
...

Allez, on monte encore d'un cran...

6 - Chansons lestes, grivoises ou carrément paillardes
Polka comme cha
Les bogettes
Baisse ta gaine, Philomène 
L'curé de chez nous
Tant pis pour elle, tant pis pour nous
L' société des grosses biroutes
Les Capenoules vous saluent bien
Sur la route de Sainghin
In r'venant de l' kermesse

...

Enfin dernière catégorie, Dudu ne pensait pas en arriver là, mais le hasard d'un balade sur Youtube a bien fait les choses...

7 - Chansons de corps de garde

 Alors, on vous l'avait dit, c'est du lourd...

[Peu de titres mis en ligne aujourd'hui, mais si une demande pressante des visiteurs se faisait sentir, nous pourrions envisager d'en ajouter.]

 

SYNTHESE DES QUATRE ARTICLES CONSACRES AUX CAPENOULES -----> ICI

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Publié le 23 Août 2016

Synthèse de nos articles consacrés au groupe culte nordiste des années 60-70

 

Capenoules

P'tit retour sur un groupe culte de notre région et un zoom sur quelques personnalités incontournables de ce groupe.

Capenoules

D'abord, qu'est-ce que c'est Les Capenoules ?
Un p'tit coup de Wiki... sans glaçons :

Les Capenoules est un groupe du nord de la France dont la plupart des chansons sont en picard dans sa variante ch'ti. Le mot "capenoule" signifie "voyou" au sens affectueux du terme en patois picard.

Note de Dudu : Le mot capenoule, inconnu chez Guy Dubois qui manie plutôt le patois du Pas-de-Calais, se retrouve dans le Vocabulaire du patois lillois de louis Vermesse déjà évoqué dans notre blog :

Capenoules

Bref revenons à nos moutons...

En 1966, Jacques Defer (ou Jack Defer) fonde un groupe de musique ch'ti aux chansons paillardes et grivoises, les Capenoules sont nés. Peu après son adhésion au groupe, le photographe Francis Delbarre, change de nom et devient Raoul de Godewaesvelde. Très vite, sa forte stature (1,92 m pour 120 kg) et sa voix grave et rocailleuse en font la vedette incontestée du groupe, mais il déclarera toujours « Mi, j’sus pas canteux, j’sus photographe ! » (Moi je ne suis pas chanteur, je suis photographe). En 1967, c'est Maurice Biraud, sur Europe n°1, qui fera entendre le premier les chansons des Capenoules. Fin 1967, les Capenoules sortiront un disque 33 tours, avec le titre "les chansons de ma nourrice", pour qui connaît le patois ch'ti, chansons paillardes, grivoises. Peu de gens le savent, mais le grand succès du leader des Capenoules, Raoul, "Quand la mer monte" a été composé par Jean-Claude Darnal chanson vendue à plus de 150000 exemplaires.

Capenoules

Capenoules

Capenoules

   Les 33 tours des    Capenoules

 

Trois 45 tours

des Capenoules

Capenoules

Capenoules

Dudu aimerait revenir sur quelques personnages emblématiques de ce groupe et par là-même incontournables de la vie lilloise des années 60-70.

A tout seigneur, tout honneur : Raoul !

 

Les Capenoules n'auraient pas été les Capenoules sans Francis Delbarre. D'abord qui aurait fait les photos inoubliables des pochettes de disques ? Mais soyons sérieux, c'est surtout sa voix reconnaissable entre toutes qui a fait son succès.

Raoul nous conte l'histoire du Mongy, le tramway reliant Lille à Roubaix et Tourcoing.

Il y a deux ans, Capenoules vous avait déjà parlé de Raoul -----> ici, allez-y voir...

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La Chanson de Raoul, un précieux documentaire de FR3, où apparaissent de nombreux protagonistes des Capenoules ainsi que la famille de Raoul.
A noter aussi la présence de Ronny Coutteure.

 

Jacques Defer

                                 La disparition du musicien Jack Deferjacques-defer-a-interprete-ses-derniere-862211-copie-1.jpg

Jack Defer et son orchestre, l'un et l'autre étaient inséparables. Le musicien originaire d'Armentières est décédé en 2010.
Jacques Defer, plus connu sous le prénom de Jack, est né d'une famille de musiciens mais c'est au conservatoire de Lille qu'il avait fait ses premières armes. Il était alors parti chercher fortune à Paris, où ses talents de saxophoniste lui ont valu le 1er prix du conservatoire national de Paris. C'est à l'époque qu'il entre dans la Garde républicaine de Paris.
C'est de retour dans le Nord qu'il crée son orchestre qui se produira ensuite dans toute la France et en Belgique. C'est en 1965 qu'il fonde les Capenoules. Également pianiste de renom, le musicien avait dirigé pendant 14 ans l'école de musique d'Armentières. (Nord Éclair du 20/12/2010)

 

Robert Lefebvre

robert_lefebvre

Né en 1921 à Lille, élève brillant, Robert Lefebvre devient très vite comédien amateur grâce à son père comédien et journaliste, puis entre au Conservatoire d'art dramatique. En 1944, engagé volontaire dans l'armée française, il participe à la libération de Paris, puis entre au Ministère du Travail.
Débutant comme reporter en locale à La Voix du Nord en 1946, puis adjoint au chef des informations de nuit, il crée en 1959, le premier service des relations publiques de la presse, 
Parallèlement au journalisme, il anime en tant que producteur des émissions de radio,
Comédien, il apparaît dans un Maigret ou dans « Maria Vandamme ».
Robert fut toujours passionné de patois. Aux gens qui lui disaient « Le patois, c'est vulgaire » ,il répondait : "Ce n'est pas le patois qui est vulgaire, ce sont les gens qui l'emploient."
Avec Pierre et Michel Célie, Robert lance les Editions Déesse et décide d'enregistrer les Capenoules.
En télé, Robert anime des émissions où s'expriment les patoisants du Nord-Pas de Calais, et assure la promotion de nombreux évènements comme la revue patoisante de Boulogne sur mer avec Ch' Guss et Jean Jarett . Avec son ami Olivier Montels, il accueille Renaud à l' Hospice Comtesse lors de la sortie de son CD « Renaud cante el' Nord ». Il crée l'émission « Le p'tit café du Samedi » présentée par sa fille Isabelle qui réunissait de nombreux patoisants de tous bords
A la Maison du Terroir, place aux Oignons, avec son épouse Nelly, il va développer de nombreux articles « Ch'ti ».Ils mettront en place aussi une exposition sur l'auteur du P'tit Quinquin, Alexandre Desrousseaux, à travers les dessins de Roland Cuvelier (déjà évoqué Capenoules 2 ici).
Hommage de Guy Dubois à Robert Lefebvre dans Ch'tis du monde (lien)


Un document de l'INA avec Robert Lefebvre et Pierre Célie. A 1'07, écoutez la voix caractéristique de Robert Lefebvre. Même sans le voir, on savait qu'il était là !

Biloute

 

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Henri Leblond, surnommé Biloute, est lui aussi un des piliers... (de bistrot ?) du groupe.

Dans son café, le chanteur BILOUTE dédicace son dernier disque à son ami le peintre dunkerquois Arthur VAN EYCK. Puis il chante en chtimi sur l'air de la chanson d'Aznavour "Tu t'laisses aller".

Biloute est connu également pour avoir adapté des fables de La Fontaine et des contes de Perrault en patois.

 

Ch' corbeau et ch' renard
L'bieau p'tit capieau rouche
L' lief et l' tortue

 

Roger Frézin

Roger Frézin a étudié les arts graphiques à l'école des Beaux-Arts de Lille. En 1957, en réaction contre l’enseignement jugé trop académique et trop figé de l’école, il fonde l’Atelier de la Monnaie avec Pierre Olivier et Claude Vallois. Dans les années 1960, il participe au groupe surréaliste Phases, créé par le peintre Édouard Jaguer. Roger Frézin a également été membre du groupe nordiste les Capenoules. Il a été enseignant à l'école des Beaux Arts de Lille de 1972 à 1989. Roger Frézin était entre autres l'ami du mime Marceau avec lequel il ne manquait pas de se rencontrer à chaque fois que celui-ci se produisait à Lille. (Wiki)

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Au sein des Capenoules, Roger Frézin était chargé des illustrations sur les pochettes de disques, collection d'images évidemment un peu lestes dont voici quelques échantillons...

Capenoules 3

Capenoules 3

Capenoules 3

Capenoules 3

Capenoules 3

Capenoules 3

 

Capenoules 3

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Roger Frézin au centre
avec Marco Slinckaert
à sa droite et Raoul
à sa gauche

 

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Mimi Ducherloque

Cet article de La Voix du Nord en 2009 ramènera les vieux Lillois (comme Dudu) 50 ans en arrière... Quelle époque !

Mimi reine de la nuit, ou la véritable histoire du Sherlock

Outrée par la description faite de son établissement, elle veut rétablir la vérité. Le Sherlock, son night-club du 12, rue de Pas, incendié en 1974, n'était aucunement un « claque ». Micheline Dehertogh, alias Mimi Ducherloque, ouvre la malle aux souvenirs pour ressusciter les grandes heures du Lille nocturne.

Acteur, comédien, la voix de Philippe Clay reste à jamais celle du « M'sieur Clemenceauuu » des Brigades du Tigre . Sa signature est la première du livre d'or de Micheline Dehertogh. Suivent Hugues Aufray, Claude François, Jean-Marc Thibault, Colette Renard, Annie Girardot, les Platters, Pétula Clark, Jean Richard, Bébel, Francis Blanche... ou Lionel Hampton, l'un des géants du jazz. « Celle-là, elle vaut de l'or », se rengorge doucement Mimi en tapotant le paraphe. Sur le papier racorni défile le vibrant panthéon du Sherlock, qu'elle prend à témoin. Son night-club n'était ni un «  boui-boui » ni un « claque ». « Celui qui a dit ça nous veut du mal, s'indigne Mimi. Ma mère dormait à l'étage, avec mon fils et ma soeur. » L'avanie a un précédent : Aznavour. «  Un type odieux, affirme Arlette, la soeur de Mimi. Il est arrivé en disant : "Elles sont où les filles ?" Mais attendez, c'est pas un bordel ! » Sur la moquette Maniglier du Sherlock se croise, dans les années 60, la crème du showbiz. « Il était bien situé, note Christian, un ami.
À proximité, il y avait le théâtre (à l'opéra) et le cinéma Le Ritz, qui programmait des intermèdes musicaux entre les films, avec vedettes américaines le week-end. »

Saint des saints

À l'époque, Christian arrondit ses fins de mois en emballant des journaux la nuit. « Quand j'ai eu assez, j'ai fait faire, chez un tailleur, un costume marron avec chemise, cravate, godasses, pour entrer au Sherlock. Le premier jour, j'avais une sacrée trouille ; J'étais dans le saint des saints.  » Au Sherlock, la nuit a une reine. Micheline a racheté le Méditerranée en 1957 avec son époux André. En 1961, ils le transforment et le rebaptisent. On lui donne du Mimi Ducherloque, nom sous lequel elle chante avec les Capenoules, ce groupe patoisant emmené par Raoul De Godewarsvelde. L'ancienne du cours Simon, née en 1926, en même temps que la façade du 12, a du bagout, de l'entregent et du succès. Son paradis pour noctambules, où se succèdent les orchestres (I Trovatori, I Siculi, I Quatro Derby...), constitue une étape incontournable sur la route des fêtards distingués, stars mais aussi habitués.
Comme ce Fernand qui n'aimait rien tant que déclamer du La Fontaine, avec un faible pour Les Animaux malades de la peste.

S'il a oublié la peste, ce Lille d'antan n'est pas épargné par la pègre. « Un certain nombre de gens se sont aperçus qu'ici, ce n'était pas les mines », glisse Christian. « Ce sont les Niçois qui sont montés en premier, note Mimi. Mais les voyous, autrefois, avaient un code d'honneur. » Reste que le Sherlock est prié, une fois l'an, d'harmoniser ses tarifs avec ceux de ses concurrents. Une règle de bonne entente. Jusqu'aux réveillons de 1973, affirme Mimi. « On avait décidé de ne pas bastonner les gens qui nous faisaient vivre le reste de l'année.  » Pas de hausse des prix, donc. Elle raconte les porte-flingues dépêchés, les menaces proférées. Un an plus tard, à deux semaines des fêtes, le 9 décembre 1974, le Sherlock explose en pleine nuit. Il inaugure une coutume lilloise qui verra, par la suite, d'autres établissements périr par le feu.

Le deuil du Sherlock

Le night-club de la rue de Pas ne se relèvera jamais. «  J'étais en deuil, se souvient Mimi.
Je disais "le Sherlock est mort". Et en 1976, mon mari est décédé. » Elle revend le bâtiment deux ans après. Les images et les amis, eux, la suivront au restaurant qu'elle tiendra, pendant quelques années, rue Solférino. Ils demeurent à ses côtés, aujourd'hui, et protestent quand le passé est insulté.
« Lorsque les policiers m'ont interrogée, après l'incendie, ils m'ont dit que dans le milieu, j'étais classée blanc-bleu.  » Au-dessus de tous soupçons, dans le jargon. La couleur la plus pure, pour les diamantaires. Blanc-bleu, aussi, les souvenirs clairs de Mimi, et ces yeux vifs encore, qui pleurèrent le soir où Fats Domino joua, à sa demande, Blueberry Hill dans son précieux Sherlock.

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La façade du Sherlock, comme un symbole


Prêts pour la photo...

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Une savoureux entretien avec Mimi en 2010, toujours dans la Voix du Nord :

Mimi n'aime pas les raccourcis. Gare : une femme capenoule n'est, en rien, une Capenoulette. « Les Capenoulettes, c'était Fifine, Thérèse et Ginette, et elles avaient de la chance que je les tolère », chapitre Micheline Dehertogh, faussement sévère. Mimi Ducherloque, c'est une Capenoule, point. En fait, c'est LA Capenoule. « C'était une famille, il n'y en a jamais un qui m'a draguée. Pierre Célie, un jour, a dit " Les Capenoules, c'est une histoire de mecs. " J'ai répondu "Merci ! " Et lui : "Ti, c'est pas pareil. " Ils me considéraient comme un copain. » Ça lui convenait, Mimi. Pas bégueule. « C'était sans doute plus choquant d'entendre une femme dire des choses vulgaires », reconnaît-elle, en traduisant quelques vers des P'tits poils du samedi soir : « Les poils de mon cul, je les ai revendus... » Dans son appartement de La Madeleine, elle chantonne en sirotant un vin d'orange. Comment croire qu'un demi-siècle a filé depuis qu'elle a ouvert, à Lille, le club avec lequel elle allait se confondre, le Sherlock ? Son regard n'a pas pâli depuis cette photo, prise dans un studio parisien, à l'enregistrement de Quand la mer monte. On l'y voit souffler dans un trombone, à côté de Darnal (l'auteur) et Raoul, qu'elle appelle toujours « Francis ». « Ce n'est pas Francis Delbarre qui s'est tué, c'est Raoul de Godewarsvelde », souffle-t-elle. Le suicide du colosse, en 1977, sonne le début de la fin des Capenoules.

L'aventure commence chez Mimi, rue de Pas. Au comptoir de ce Sherlock où se pressent alors les noctambules chics. André Verchuren cherche des chansons en patois. Un ami de la patronne, Robert Lefebvre, se met à écrire. Jack Defer rapplique avec son orchestre. « Ils ont enregistré le premier 45 tours au Sherlock, en une nuit, rappelle Francis Delabre, l'auteur de "Capenoules !". Il s'en est vendu plus de 10 000 exemplaires sous le manteau. » La machine est lancée. Foutraque, improvisée, joyeuse. Les Delbarre, Decubber, Lefebvre, Célie montent à Paris pour graver leurs « folques-songues en patois ». « On ne se prenait pas pour des stars. Un technicien parisien nous a dit "Il faut huit jours à Dalida, vous, en deux heures, c'est fait". On n'en a jamais fait un métier. »

Vénus sortie d'une cabine de plage

Elle a le don de la parole, Mimi. Elle lâche : « J'aurais voulu être une artiste. » Pas une Capenoule, une comédienne. « C'était mon rêve de faire du théâtre. Mon mari l'a gâché en venant me chercher à Paris quand j'étais au cours Simon. Être revenue à Lille, c'est mon éternel regret. Mais j'étais amoureuse... » Le Sherlock comblera ce manque. Il sera son théâtre. « Mon caillebotis, c'était ma scène à moi. J'en avais besoin. » Interprète de Du gris, de Dumont - « Je sens que mon âme s'en ira/Moins farouche/Dans la fumée qui sortira/De ma bouche » -, elle claironnait Baiss'ta gaine Philomène avec les Capenoules. Sur une photo célèbre, ces messieurs en tenue de baigneur n'ont d'yeux que pour Vénus sortie d'une cabine de plage. Son époux tordait le nez. Elle n'aurait arrêté pour rien au monde. Pas même pour lui. « J'étais devenue quelqu'un seule. Je représentais quelque chose. Je n'étais plus Micheline Dehertogh, je n'étais plus la femme de mon mari. J'étais Mimi Ducherloque. » •

 

 

 

André Dekooninck

 

La Voix du Nord - 25/02/2015 - En attente de copie...

 

Michel Célie

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Article de la Voix du Nord :

Natif de la Madeleine, près de Lille, Michel Célie, vers la fin de sa vie, vivait rue Lepic à Paris. Une rue dans laquelle se trouvait la maison de production des Capenoules, le label « Déesse », justement. Pour raconter sa vie, il résumait ainsi : « J’ai toujours eu de la chance ».

Adolescent, Michel Célie vit à Mouscron, où sa famille a déménagé : « Ma famille paternelle travaillait le lin, elle avait une entreprise de rouissage dans la vallée de la Lys. Il a été tiré au sort qui s’installerait à Mouscron. C’est tombé sur mon grand-père. » Quand il découvre le théâtre et l’écriture, il sait vite qu’il ne veut pas travailler dans le textile par tradition familiale.

Il crée alors sa troupe, « Les comédiens réunis ». Avec Pierre, son frère, et Robert Lefebvre (un ancien journaliste à La Voix du Nord), ils créent l’émission de télévision « Les copains du samedi » : « À l’époque, il n’y avait que trois chaînes de télévision dans le Nord - Pas-de-Calais mais une seule, la 3, le samedi soir. Les artistes se disputaient pour venir. »

Ces soirées se terminent autour d’un verre, entre amis et en chansons 100 % chti. Les Capenoules sont nés et préparent, en 1966, leur premier 33 tours. Mais ils n’ont pas de maison de disques. Pierre et Michel créent alors le label Déesse. Déesse parce que, quand il a fallu lui trouver un nom, ils partageaient un verre sur la Grand-Place de Lille. « Et ça a marché. Ce premier 33 tours s’est bien vendu. Le premier 45 de Raoul de Godewarsvelde – Tu n’es qu’un employé – a été diffusé tout de suite à la radio. » Le label Déesse a connu d’autres succès, notamment avec le « rital » Claude Barzotti, et avec la « Danse des canards ».

L’aventure des Capenoules se termine avec le décès de Raoul (Francis Delbarre), en 1977. De cette amitié, Michel Célie avait gardé l’habitude de déjeuner régulièrement avec son fils, Arnaud Delbarre, quand celui-ci était directeur de l’Olympia.

Plusieurs amitiés ont marqué sa vie, avec Jacques Brel qu’il avait connu à 19 ans, et surtout avec Bernard Dimey, l’auteur de « Mon truc en plumes ».

 

Marco Slinckaert

Marco Slinckaert, né en 1943, et mort le 13 décembre 2009, est illustrateur et sculpteur. Il a notamment fait partie de L'Atelier de la Monnaie fondé par l'artiste Roger Frézin.

Illustrateur pour plusieurs entreprises (Philips ou encore Valkeniers à Lomme), il a été l'un des premiers à exploiter le numérique et l'informatique dans ses œuvres. Sa recherche artistique est essentiellement axée autour de « l'incapacité d'accéder et de mettre au réel l'infinitude. Infinitude du temps, infinitude de l'espace, infinitude des nombres. »

Son œuvre la plus emblématique est la sculpture intitulée Fontaine de la Solidarité, représentant un ruban de Möbius qui orne le centre de la place de la Solidarité dans le quartier de Wazemmes à Lille. Inaugurée en 1989 par le président François Mitterrand, cette sculpture de 12 m de long par 7 m de haut est composée de 3000 éléments d'acier inoxydable pour un total de 10 tonnes. L'œuvre a été conçue par ordinateur par l'artiste, puis fabriquée par Inoxi France. Cette œuvre est souvent surnommée « Le Serpent » par les riverains, et la place sur laquelle elle se trouve, le « rond-point du Serpent », qui est devenu un repère géographique important à Lille.Marco Slinckaert était soliste et compositeur au sein des Capenoules. (Wiki)

 

Capenoules 3


Jacques Bonnaffé chante Min p'tit s'rin, chanson composée par Marco pour les Capenoules

Capenoules 3

 

 

Pour clore cet ensemble d'articles, essayons de classer les titres des Capenoules et terminons par les très attendues chansons (vraiment, vraiment...) paillardes.

Il convient donc d'avertir les visiteurs que la fin de cet article n'est pas destinée aux oreilles prudes ou sensibles.

Mais y'a pas... Dudu est obligé d'y passer s'il veut être exhaustif sur le sujet...

Donc , on vous disait : classification des chansons. Il est évident que certaines peuvent être classées dans plusieurs catégories. Et puis tout cela ne doit pas être pris trop au sérieux !

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

1 - Chansons régionales, voire locales, où sont cités des lieux ou des personnages typiquement nordistes ou lillois :
Les gars du Nord
Quind les inglaisses
Ch'est mi D'siré 
Charlot l' bochu
L' curé d' Saint-Louis
...

2 - Chansons festives ou/et chansons à boire :
La zizique à papa
Dins l' pouli à glaines
Pitche et Mitche

Dinse min fieux, dinse
Ch' qu'in veut nous zaut'
V'là l' diminche arrivé 
Ch'est un bon d'mi
Lève tin verre
...

3 - Chansons consacrées aux femmes (!!!!)
Eul' file d' Sainghin
Eul' grante berlousse 
Rosalie Babache
Eul' grosse Adrienne
Elle s'appelle Françoise
Eul' petite boteuse
Ah la pourrisse
Eun' file d' Saint Sauveur
Eul' planque à pain

C'est-y pas poétique, tout ça ?
Attention, maintenant, on rentre "dans le dur"...

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

Répertoire des Capenoules

4 - Chansons consacrées à l'appareil génital masculin, mais tout en douceur et à double sens. Les visiteurs assidus de Répertoire des Capenoules se douteront que c'est notre catégorie préférée...
  MinRépertoire des Capenoules p'tit s'rin
  Min poreau  
  Min p'tit frère
  Min p'tit arrosoir
... Notez qu'il est souvent p'tit...

5 - Chansons un peu "caca prout". Là aussi, Répertoire des Capenoules , on ne déteste pas...
T'iros ti ?
Eul' négresse
Tout ch' ti qui pisse
Jean Lariguette 
...

Allez, on monte encore d'un cran...

6 - Chansons lestes, grivoises ou carrément paillardes
Polka comme cha
Les bogettes
Baisse ta gaine, Philomène 
L'curé de chez nous
Tant pis pour elle, tant pis pour nous
L' société des grosses biroutes
Les Capenoules vous saluent bien
Sur la route de Sainghin
In r'venant de l' kermesse

...

Enfin dernière catégorie, Dudu ne pensait pas en arriver là, mais le hasard d'un balade sur Youtube a bien fait les choses...

7 - Chansons de corps de garde

 Alors, on vous l'avait dit, c'est du lourd...

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Publié le 8 Août 2016

Capenoules

P'tit retour sur un groupe culte de notre région et un zoom sur quelques personnalités incontournables de ce groupe.

Capenoules

D'abord, qu'est-ce que c'est Les Capenoules ?
Un p'tit coup de Wiki... sans glaçons :

Les Capenoules est un groupe du nord de la France dont la plupart des chansons sont en picard dans sa variante ch'ti. Le mot "capenoule" signifie "voyou" au sens affectueux du terme en patois picard.

Note de Dudu : Le mot capenoule, inconnu chez Guy Dubois qui manie plutôt le patois du Pas-de-Calais, se retrouve dans le Vocabulaire du patois lillois de louis Vermesse déjà évoqué dans notre blog :

Capenoules

Bref revenons à nos moutons...

En 1966, Jacques Defer (ou Jack Defer) fonde un groupe de musique ch'ti aux chansons paillardes et grivoises, les Capenoules sont nés. Peu après son adhésion au groupe, le photographe Francis Delbarre, change de nom et devient Raoul de Godewaesvelde. Très vite, sa forte stature (1,92 m pour 120 kg) et sa voix grave et rocailleuse en font la vedette incontestée du groupe, mais il déclarera toujours « Mi, j’sus pas canteux, j’sus photographe ! » (Moi je ne suis pas chanteur, je suis photographe). En 1967, c'est Maurice Biraud, sur Europe n°1, qui fera entendre le premier les chansons des Capenoules. Fin 1967, les Capenoules sortiront un disque 33 tours, avec le titre "les chansons de ma nourrice", pour qui connaît le patois ch'ti, chansons paillardes, grivoises. Peu de gens le savent, mais le grand succès du leader des Capenoules, Raoul, "Quand la mer monte" a été composé par Jean-Claude Darnal chanson vendue à plus de 150000 exemplaires.

Capenoules

Capenoules

Capenoules

   Les 33 tours des    Capenoules

 

Trois 45 tours

des Capenoules

Capenoules

Capenoules

Dudu aimerait revenir sur quelques personnages emblématiques de ce groupe et par là-même incontournables de la vie lilloise des années 60-70.

A tout seigneur, tout honneur : Raoul !

 

Les Capenoules n'auraient pas été les Capenoules sans Francis Delbarre. D'abord qui aurait fait les photos inoubliables des pochettes de disques ? Mais soyons sérieux, c'est surtout sa voix reconnaissable entre toutes qui a fait son succès.

Raoul nous conte l'histoire du Mongy, le tramway reliant Lille à Roubaix et Tourcoing.

Il y a deux ans, Capenoules vous avait déjà parlé de Raoul -----> ici, allez-y voir...

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La Chanson de Raoul, un précieux documentaire de FR3, où apparaissent de nombreux protagonistes des Capenoules ainsi que la famille de Raoul.
A noter aussi la présence de Ronny Coutteure.

 

Voilà, on s'arrête pour aujourd'hui. La suite dans quelques jours...

 

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Rédigé par Dudu49

Publié dans #capenoules, #francis delbarre, #lille, #raoul, #raoul de godewarsvelde

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Publié le 14 Avril 2014

Qui, âgé de plus de cinquante ans dans le Nord, ne connaît pas le grand Raoul ?

Alors, pour les jeunots et ceusses qui auraient oublié, une petite piqûre de rappel.

 

Raoul de Godewarsvelde

 

Raoul, pour Chez Dudu, est un digne porteur de l'étendard de la fierté nordiste. Au même titre que Simons, déjà passé par ce blog, Ronny Coutteure, dont nous parlerons sans doute bientôt, Raoul est l'incarnation d'une personnalité, d'une façon de voir la vie propre aux gens de chez nous.

Et pis, Raoul cha rime avec Capenoules et cha, ch'est eune aut' histoire pour un aut' jour...

 

Raoul de Godewarsvelde

Sa biographie vue par une journaliste de la Voix du Nord :

Raoul, l'artiste au grand format
Article de Valérie Cormont
La Voix du Nord - Hors-série du 17 octobre 1999
    Le bonhomme est ventru et moustachu . Ce qu'il aime par-dessus tout, c'est laisser glisser son regard sur les autres . Il en fait un point d'honneur : Francis Delbarre est photographe . Depuis 1919, comme il aime tant le préciser . Son studio photo est installé rue de l'Abbé-Bonpain à Lille .
    Francis Delbarre est aussi un fêtard de premiére, qui fait dans la chanson . La vraie, celle qui prend aux tripes, qui ne lâche pas l'esprit, qui traverse les ans sans jamais prendre l'eau .
    Francis Delbarre, c'est aussi Raoul de Godewaersvelde, c'est "Quand la mer monte" . L'artiste grand format qui chante la mer depuis le cap Gris-Nez .
    En 1967, le refrain griffonné par une bande de copains, dont le compositeur Jean-Claude Darnal - rencontré un soir de bringue à l'hôtel de Normandie, au cap Gris-Nez -, devient un tube en l'espace de quelques mois . La mer monte et se vend à 150 000 exemplaires, dans une France qui ne connaît pas encore les radios locales, où la télévision est encore farouche .
    La mer fait un tabac et surprend tout le monde . Personne n'aurait pu en effet prédire un tel succès à ce qui ressemble d'abord - et surtout - à une bonne blague . Celle d'une bande de copains qui passent leur temps à faire la java et à écumer les troquets de Lille . Chanteurs, brailleurs, noceurs, ils ont choisi de se cacher derrière un nom : les Capenoules - traduire les mauvais garçons ou les petits voyous en patois . Chacun a un surnom, histoire de se préserver un peu de discrétion et, dans la foulée, de pouvoir continuer la java des grands jours en étant presque incognito .
    Deux mots ponctuent toujours l'évocation des Capenoules : "Quelle époque !" . L'époque (1966-1967) où tout semble permis, avec l'obligation de ne pas se prendre au sérieux .
    Au milieu de cette bande de joyeux lurons délurés, Francis Delbarre ne laisse pas sa place aux autres . Comme eux, il s'est trouvé un surnom : Raoul de Godewaersvelde . Certes, il pense avoir un lointain ancêtre qui a un jour vécu dans ce gros village des Flandres . Mais surtout, surtout, c'est la prononciation du nom qui déclenche les grandes rigolades .
    Sur la première pochette du disque, Raoul est photographié de dos pour éviter qu'on ne reconnaisse celui qui est aussi le très sérieux photographe de la foire internationale de Lille, de l'évéché et qui est ami avec le cardinal Liénart . Un côté pile et un côté face .
    Pour son premier disque, Raoul a repris une chanson d'avant-guerre : Tu n'es qu'un employé . Puis La mer monte prend le relais . La voix de rocaille, puissante comme un roulis de mer du Nord, intrigue les animateurs radio . C'est le coup de foudre et la mise sur orbite du géant des Flandres (1 m 92, 120 kg) .
    La grosse voix de Raoul emballe à tout va . Le grand gaillard à la vie plutôt rock'n'roll se produit alors sur les scènes de la région, puis à Paris, à la Villa d'Este, célèbre cabaret des Champs-Elysées . Il fait la première partie de Mouloudji . La machine file à toute vitesse pour Raoul qui, en même temps refuse de lâcher son studio de photographe à Lille . Sa fierté est avant tout son métier de photographe . La chanson, c'est plutôt le gag .

    La carrière de chanteur populaire proche des vraies gens, des mineurs, des pêcheurs, l'éloigne pourtant de plus en plus de sa chambre noire . Lui qui ne jure que par le Rollei 6 x 6, qui refuse la photo en 24 x 36, doit pourtant se mettre à lever le pied sur son studio . La conjoncture des années 70 devient moins propice au métier de photographe et Raoul le chanteur prend une place grandissante dans la vie de Francis le photographe . Au point qu'il lui arrive de dire : "Mon entreprise est devenue tellement petite que je suis obligé de me baisser pour entrer dedans", tout simplement parce qu'il a fini par installer son studio dans la cave .
    En pleine carrière, il doit aller enregistrer ses chansons dans des studios professionnels à Paris . Raoul ne connaît pas grand-chose à la musique, qu'il vit plus qu'il ne décrypte . Alors, Raoul, sans se démonter, note ses chansons au verso de grandes photos inutilisables . Sur de grands formats, il écrit les paroles avec un système de petites flèches de couleur montantes et descendantes pour guider sa voix . Les affiches sont fixées sur les murs du studio . C'est le côté provoc et gouailleur du personnage, débarquant dans un monde de professionnels avec son carton bourré de paroles sous le bras .
    En même temps, Raoul le chanteur, qui garde un amour de gamin pour les trains électriques, vit une passion de plus en plus forte pour le littoral et le cap Gris-Nez .
    Dès qu'il dispose d'un moment de liberté, il file humer l'air du large . Il embarque à bord de son flobard et prend le large, heureux de pouvoir vivre la mer plutôt que de se contenter de la chanter .
    Ses chansons populaires font danser tout un monde . En revenant de Marquett', Donne un Zotch à l'oncle Cô (chanson bien connue au carnaval de Dunkerque), L'hirondelle du faubourg, ou L'tunnel sous le Channel, autant de refrains bourrés d'énergie, de bonne humeur, de vie .
    Peu à peu, le bonhomme se prend au jeu . Raoul devient un vrai personnage avec sa casquette, sa vareuse noire, son pantalon noir, son pull et ses chaussettes rouges . L'artiste manie toujours la dérision et le second degré avec un plaisir intense, usant et abusant de ce sens particulier de l'expression corrosive . "Dans la vie, il ne faut rien avoir . Comme ça on ne peut rien te prendre", a-t-il coutume de dire . Il y a le succès, l'amitié indéboulonnable avec les Capenoules, les fiestas et la mer . Tout cela, personne ne peut le lui prendre .
    Comme personne n'a vraiment compris ce qui a poussé le grand bonhomme, ce 14 avril 1977, à tirer un trait sur sa vie . Un départ brutal, sans au revoir, avec simplement la mer comme témoin .

Allez, quelques airs un peu moins connus que ceux cités ci dessus.

    Raoul, t'es le roi du tango

    Adieu pour un artiste

    Mado la sirène

    L'acco-cordéoniste

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Rédigé par Dudu49

Publié dans #Capenoules, #Godewarsvelde, #Raoul

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