Un peu de moi : ma région du Nord, mes goûts musicaux un peu décalés, ma passion pour le spectacle de rue, mes voyages... Un peu de tout : des blogs intéressants, de l'humour, des images, de l'émotion peut-être, de la vie, quoi...
Ça f'sait un bout de temps qu'on y était allé... Où donc ?
Ben en Grumeautique, le blog de Nathalie Jomard, voyons. La talentueuse illustratrice de la
Mais si... Souvenez-vous : -----> ici -----> et là -----> et encore là-bas -----> et pis aussi là
Voici donc, pour nous détendre les zygomatiques, deux de ses récentes productions inspirées de sa vie quotidienne, l'une concernant les amitiés fraternelles, l'autre ce fameux poil blanc qui, comme chacun le sait, se pose toujours sur un vêtement noir... Tranches de vie suivies du commentaire de l'auteure.
Toutes ces effusions de tendresse fraternelle font fondre mon petit cœur de mÔman. Décidément, je suis trop sentimentale. Qu'est-ce que je les aime ces deux petites crottes de pétoncles putrides.
Heureusement, grâce à l'Encyclocon du Professeur Amédée Têtedampoule, la science mais presque avance vers les sommets de la connaissance les deux pieds solidement rivés dans l'ignorance. Et si toi aussi tu as des questions à soumettre au Professeur Têtedampoule, écris-lui avec ton plus beau clavier et il tentera d'y répondre avec toute la rigueur scientifique qui le caractérise.
Dans le cadre de notre grande rubrique "Anatomie d'un chef-d'œuvre musical suivie de quelques considérations historiques et remarques linguistiques picardes" (voir -----> ici), a le plaisir de vous présenter aujourd'hui une œuvre inoubliable interprétée par le grand Raoul de Godewarsvelde, bien sûr très présent dans nos pages (voir -----> ici) :
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Version originale de Bertal, chanteur populaire lillois des années 20, 30 et 40
Maintenant une écoute agrémentée d'images tirées du livre Les chansons en imaches de Raoul de Godewarsvelde (Éditions Imbroglio - 2006).
Attention, ne vous fiez pas aux paroles écrites dans la bande dessinée, la transcription est très approximative...
Voici maintenant les vraies paroles de ce chef d’œuvre : (Notez que le deuxième couplet est complétement différent de la version originale de Bertal)
À vingt-chinq ans quand j'ai connu Lodie Je n' vous l' cache point, j' l'aimos comme mes deux yeux Pour li prouver je l' marios à l' brad'rie J' comptos fin bien avoir un sort heureux Mais j' n'avos point pus tros s'maines eud' ménache Qu'elle retournot déjà tout dins m' mason Que d' fos j'ai dit, in pinsant au mariache Si j'avos su, j'aros resté garchon Si j'avos su, j'aros resté garchon
Auparavant elle n'étot point coquette Même eul' dimanche, elle mettot point d' capieau À ch't' heure la belle, i li faut de l' toilette À chaque saison, i li faut du nouvieau À l' poud' eud' riz, elle barboulle sin visache Elle frise s' tiête tout comme un quien mouton Elle se gasconne, faut intinde sin lingache Si j'avos su, j'aros resté garchon Si j'avos su, j'aros resté garchon
Comme tous les jours, eun' nouvielle maladie Est découverte par tous ches brafes méd'cins Cont' les microbes, elle prind de l' garantie, In avalant du g'nief' tous les matins Dins les cantines, jusqu'au vin elle mesure Elle est connue tout à fait comme l'houblon À tous les r'pas, j' minge des peimmes tierre à l' plure Si j'avos su, j'aros resté garchon Si j'avos su, j'aros resté garchon
Jeunes gins quind vous verrez qu'eun' sainte-nitouche Vous parle d'amour, in abachant ses yeux Méfiez-vous z'in, car bien souvint ch'est louche Faire du batt'mint, ch'est c' qu'eun' femme elle fait d'mieux Eun' fos marié, ch'est l'boulet pour la vie Qu'il faut traîner hélas sans rémission J'in ai la preuve, par m' puante Lodie Si j'avos su, j'aros resté garchon Si j'avos su, j'aros resté garchon
Passons à l'étude linguistique de cet immense texte littéraire :
Conjugaison - Tout d'abord, un retour rapide sur la conjugaison à l'imparfait où les terminaisons en ais, ait... se font en os, ot... J' l'aimos, je l' marios, j' comptos, j' n'avos, elle retournot, elle n'étot, elle mettot. Prononciation - En patois lillois, les "ge" finaux se transforment souvent en "che", voir ménache, mariache, visache, lingache... De même, le son "s" devient bien souvent "ch" : vingt-chinq, garchon, à ch't' heure (à cette heure, maintenant),in abachant (en abaissant), ch'est... - Le son "an" se transforme souvent en "in" : dins, in pinsant, intinde, elle prind, j' minge, souvint, du batt'mint, j'in ai la preuve... - Dans certains mots, on intercale un "i" dans la dernière syllabe non muette : s' tiête, nouvielle, et particulièrement dans les noms en "eau": capieau (chapeau), nouvieau... Mots et expressions - Je l' marios à l' brad'rie (Je l'épousais à la braderie). La braderie de Lille est un événement important. Se marier à la braderie fait donc partie d'un grand événement... A noter l'emploi de marier en tant que verbe transitif : je la mariais. - Si j'avos su, j'aros resté garchon. On pense indéniablement à la réplique du petit Gibus dans La Guerre des Boutons : Si j'aurais su, j'aurais pas venu. A la différence que la patois utilise correctement l'indicatif dans la première partie de la phrase. Par contre, "j'aros resté" fait un peu grincer les oreilles !
- fin bien : dans cette expression "fin" veut dire très, extrêmement. On retrouve ce mot dans fin bénache (très tranquille, très heureux) ou fin bieau. - un quien mouton : un chien mouton, bien sûr un caniche. - Elle se gasconne : elle soigne son langage, n'emploie pas de mots patois. Elle a une attitude affectée et prétentieuse. - du g'nief' : du genièvre. Jusque dans les années 50, il était encore habituel de se donner "un petit coup de fouet" en avalant un verre de genièvre avant de partir au travail. Il paraît que même les enfants avaient droit à un p'tit verre avant d'aller à l'école de bon matin... - Elle est connue comme l'houblon (comme le houblon) : on pense tout de suite à l'expression "connu comme le loup blanc". Apparemment, elle se serait déformée dans les estaminets du Nord devant les pintes de bière... Certaines sources vont jusqu'à prétendre que l'expression "comme le houblon" est antérieure à l'autre ! Mais Dudu pense que la mauvaise foi régionaliste n'est pas loin...
- des peimmes tierre à l' p'lure (des pommes de terre à la pelure). "Un sauret (hareng saur) et des peimmes tierre à l' p'lure" : un festin pour un vrai nordiste !
Voilà qui clôt notre page musicale, culturelle et régionale. espère que vous vous êtes cultivés ou pour le moins un peu amusés.
Il y a quelque temps, vous présentait un lieu hors du commun : le cimetière chinois de Manille. voir -----> ici
Dans cette même ville, il existe un autre cimetière au moins aussi étonnant : le cimetière Nord. Ce lieu est habité non seulement par les défunts mais aussi par des vivants.
Des familles de sans-abri ont investi les caveaux, les sépultures, les mausolées... En 2016, un photographe, Hubert Sacksteder, réalisait un portfolio sur ce lieu.
Depuis, les choses ont évolué et une petite ville dans la ville s'est développée dans le cimetière avec ses commerces, ses artisans, son terrain de basket et même une école... Dudu a retrouvé sur la toile deux reportages plus récents, l'un de TF1, l'autre de France 5 nous présentant cet endroit unique.
Exceptionnellement, et contrairement aux (bonnes) habitudes de, les documents de cet article sont estampillés rien de mon cru. (ne cherchez pas la contrepèterie...)
Lille 3000 - Eldorado a récupéré quelques crânes de Mexicraneos et les a installés dans l'espace vert de l'Ilôt Comtesse ainsi qu'à différents endroits de la Métropole.
Mais, direz-vous, qu'est-ce que Mexicraneos ? Pour tout savoir sur cette exposition mexicaine et son génial initiateur M. Garcia Lopez, entrepreneur de pompes funèbres, lisez donc le préambule du diaporama ci-dessous.
Il faut savoir que la fête des Morts est un incontournable du Mexique et que M. Garcia Lopez occupe une place primordiale dans les animations de cette fête. Et on pense qu'il doit se faire une belle cagnotte chaque année au mois de novembre !
Lors d'un récent voyage au Mexique pendant la semaine suivant la fête des Morts, Dudu a pu constater l'omniprésence de "Funeraria J. Garcia Lopez" dans le quartier de Coyoacan à Mexico comme en témoignent les images ci-dessous (tout de son cru comme d'hab'). Mises en scène de funérailles, concerts de musique, projection de films pour enfants, jusqu'à la présentation d'un corbillard, M. Garcia Lopez sponsorise tout !
A Mexico, en plus du défilé d'alebrijes organisé sur la grande avenue de Mexico, la Reforma, les visiteurs peuvent admirer la collection complète des crânes de Mexicraneos.
A la gare Saint-Sauveur se tient l'expo Môm'Art consacrée aux travaux des écoliers lillois sur le thème de l'Eldorado, et plus précisément en ce qui nous concerne, du Mexique. Ce qui nous donne une explosion de couleurs et de créativité qui séduit les visiteurs (sûrement plus que l'ésotérique expo voisine la "Déesse Verte" !).
Comme le monde entier le sait... ou pas, le Mexique débarque à Lille le temps des festivités de Lille 3000 dénommées Eldorado.
est allé mettre son nez dans trois lieux présentant trois aspects de la culture mexicaine.
Rue Faidherbe : Les Alebrijes
Comme d'hab, les images sont cliquables pour être vues en taille XXL
et bien sûr...
Toutes ont été créées spécialement dans des ateliers spécialistes des alebrijes au Mexique, et acheminés à Lille en quelques mois.
A titre informatif, vous pouvez zieuter la vidéo ci-dessous pésentant la préparation du défilé d'alebrijes organisé en 2016 sur la grande avenue de Mexico, la Reforma.
Titre aussi concis que culturel pour un nouvel article de ...
Le chef-d'œuvre en question s'intitule Charlot l'bochu et nous est offert par les Capenoules, groupe symphonique et vocal éminemment intellectuel que tout amateur de se doit de connaître !
Au cas invraisemblable où quelqu'un n'aurait pas connaissance de ces grands artistes, nous vous rappelons qu'un article pratiquement exhaustif leur fut consacré dans ce blog :
Bref, vous l'avez compris, encore une fois à lire au second degré, et pas pour les yeux et les oreilles sensibles...
Ecoutez... et regardez d'abord le chef-d'œuvre agrémenté de quelques images d'époques.
Note de Dudu à l'attention des visiteurs pointilleux : Non, le s au bout d'époques n'est ni une faute de frappe, ni une erreur orthographique. Il s'agit bien d'images de deux époques différentes : l'une, les années 1900-1920 évoquées dans la chanson ; l'autre, les années 1970, période de gloire des Capenoules...
Passons maintenant au texte tout en nuances et en finesse littéraire :
Refrain :
Ch’est mi Charlot l’bochu, Roubaix, Tourcoing , m’a vu, dins ches cafés.-concerts, In sifflot des grands verres. In sifflot des grands verres
À l’âge eud’ six ans, j’allos à l’école, j’allos à l’école du père Anatole Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’ quios dins m’maronne chaque fos qu’ j'étos puni
Refrain
À l’âge eud’ douze ans, j’ faisos m’communion, j’ faisos m’communion à l’église St Jean Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’avos comme candelle eul’ boujon d’eune équelle
Refrain
À l’âge eud’ quinze ans, j’allos à l’ gymnasse, j’allos à l’ gymnasse pour devenir un as Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’ faisos l’ grand solel avec mes deux ortels
Refrain
À l’âge eud’ seize ans, j’allos à l’usine, j’allos à l’usine du vieux père Achille Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, J’ filos toutes les files, au lieu d’ filer min fil
Refrain
À l’âge de dix-huit ans, j’ai passé l’ consel, j’ai passé l’ consel pour la révision Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, z’étottent stomaqués eud’ vir min père Louis
Refrain
À l’âge eud’ dix-neuf ans, j’ai perdu m’ quinzaine, j’ai perdu m’ quinzaine dins les cabarets Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’pissos dins m’ maronne tellemint qu’ j’avos d’ plaiji
Refrain
À l’âge eud’ vingt ans, j’allos à la guerre, j’allos à la guerre, pour tuer l’ Kaiser Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’avos comme fusil un manche eud’ parapluie
Refrain
À l’âge eud’ trente ans, j’avos un infant, j’avos un infant, gros comme un cochon Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, eum’mère elle me dijot qu’i’ étot plus biête que mi
Refrain
Passons donc l'analyse de texte, partie culturelle (!!!!!!) et linguistique de notre article en liaison avec la rubrique patois de notre blog. Nous procéderons par ordre vaguement alphabétique comme de coutume dans nos pages...
boujon : C'est un belgicisme qui désigne un barreau de chaise , de balustrade ou d'échelle. Ce mot est aussi employé dans le parler populaire morvandais et normand.
cabaret : Un cabaret ou un estaminet est originellement un débit de boissons, synonyme de café, mais servant en général de la bière et proposant aussi du tabac et des jeux traditionnels.
candelle : une chandelle. Le patois du Nord a tendance à transformer les "ch" en "qu". Du coup, on voit tout de suite ce qu'est une équelle et ce que c'est que quier ! Voir la lettre C dans l'article -----> ici
consel : Conseil. Le patois n'aime pas le son "ille" final, il le transforme en "l". Voir dans la même chanson : ortel, solel, files. Au siècle dernier, les conscrits passaient le Conseil de Révision, sorte de visite médicale pour décider s'ils étaient aptes à faire leur service militaire.
filer : J' filos toutes les files au lieu d' filer min fil. Admirez la finesse du jeu de mots autour du fil...
gymnasse : Le patois n'aime pas trop le son "z". Ainsi, église devient égliche ou églisse, fraise devient fraisse, anglaise devient inglaisse... Et gymnase devient gymnasse. Au début du xxe siècle, les pratiques physiques d’entretien s’organisent autour du culte de la force, tant dans les sociétés militaires que dans les gymnases de culture physique. Il était de bon ton de fréquenter le gymnase comme preuve de masculinité.
Le Kaiser : empereur d'Allemagne au XIXe siècle et au début du XXe. Le dernier Kaiser fut Guillaume II destitué à la fin de la deuxième Guerre Mondiale en 1918. Ce qui permet de dater approximativement la chanson.
maronne : culotte. Une maronne est une culotte, quelquefois on dit les maronnes, qui désignent alors plutôt un pantalon.
Armonte et' maronne, tin patalon i quet. (ton pantalon tombe) Trinner dins ses maronnes. (avoir peur) Alle porte les maronnes. (c'est la femme qui commande) N' pos t'nir dins ses maronnes (un gringalet) Quind in dit à un homme qu'y a rin dins s'maronne, ch'est pos flatteur pour li ! Pour parler d'une mauvaise bière, on dit: - Alle sint l' maronne du brasseux ! I li a mis s’ main à s’ maronne, pour qu’elle li cultive ses prones. (Les Capenoules - Les filles de St Sauveur) -sans commentaires...-
Père Louis : Allusion au sexe masculin, d'origine inconnue, apparemment pour la rime avec toudis... néanmoins, ledit sexe revient souvent dans les chansons des Capenoules. Voir : Min p'tit s'rin (-----> ici), Min p'tit arrosoir, Min poreau, Min p'tit frère...
quinzaine : Autrefois, les ouvriers touchaient leur salaire toutes les deux semaines, d'où le terme quinzaine. Certains s'empressaient d'aller la dilapider au cabaret.
On disait aller à l'quinzaine quand on allait recevoir son salaire au bureau de l'usine. Quand quelqu'un avait mauvaise mine, on lui disait : " In dirot qu' t' as perdu t' quinzaine !"
siffler des verres : boire d'un trait. Expression déjà en usage au XVe siècle
Petit apparté sur la conjugaison à l'imparfait en patois : J'allos, j' quios, j'étos, j'avos, j' faisos,j' filos, j'pissos elle dijot, i' étot z' étottent les "ai" finaux du français se transforment en "o". A titre d'exemple la conjugaison complète des auxilaires être et avoir d'après Guy Dubois.
Signalons pour conclure que les bochus sont encore à l'honneur dans l’œuvre des Capenoules. Deux titres reprennent le thème :
Ratatchu bochu
et (Cliquer sur le titre pour afficher le lecteur)
Titre aussi concis que culturel pour un nouvel article de ...
Le chef-d'œuvre en question s'intitule Charlot l'bochu et nous est offert par les Capenoules, groupe symphonique et vocal éminemment intellectuel que tout amateur de se doit de connaître !
Au cas invraisemblable où quelqu'un n'aurait pas connaissance de ces grands artistes, nous vous rappelons qu'un article pratiquement exhaustif leur fut consacré dans ce blog :
Bref, vous l'avez compris, encore une fois à lire au second degré, et pas pour les yeux et les oreilles sensibles...
Ecoutez... et regardez d'abord le chef-d'œuvre agrémenté de quelques images d'époques.
Note de Dudu à l'attention des visiteurs pointilleux : Non, le s au bout d'époques n'est ni une faute de frappe, ni une erreur orthographique. Il s'agit bien d'images de deux époques différentes : l'une, les années 1900-1920 évoquées dans la chanson ; l'autre, les années 1970, période de gloire des Capenoules...
Passons maintenant au texte tout en nuances et en finesse littéraire :
Refrain :
Ch’est mi Charlot l’bochu, Roubaix, Tourcoing , m’a vu, dins ches cafés.-concerts, In sifflot des grands verres. In sifflot des grands verres
À l’âge eud’ six ans, j’allos à l’école, j’allos à l’école du père Anatole Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’ quios dins m’maronne chaque fos qu’ j'étos puni
Refrain
À l’âge eud’ douze ans, j’ faisos m’communion, j’ faisos m’communion à l’église St Jean Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’avos comme candelle eul’ boujon d’eune équelle
Refrain
À l’âge eud’ quinze ans, j’allos à l’ gymnasse, j’allos à l’ gymnasse pour devenir un as Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’ faisos l’ grand solel avec mes deux ortels
Refrain
À l’âge eud’ seize ans, j’allos à l’usine, j’allos à l’usine du vieux père Achille Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, J’ filos toutes les files, au lieu d’ filer min fil
Refrain
À l’âge de dix-huit ans, j’ai passé l’ consel, j’ai passé l’ consel pour la révision Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, z’étottent stomaqués eud’ vir min père Louis
Refrain
À l’âge eud’ dix-neuf ans, j’ai perdu m’ quinzaine, j’ai perdu m’ quinzaine dins les cabarets Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’pissos dins m’ maronne tellemint qu’ j’avos d’ plaiji
Refrain
À l’âge eud’ vingt ans, j’allos à la guerre, j’allos à la guerre, pour tuer l’ Kaiser Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’avos comme fusil un manche eud’ parapluie
Refrain
À l’âge eud’ trente ans, j’avos un infant, j’avos un infant, gros comme un cochon Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, eum’mère elle me dijot qu’i’ étot plus biête que mi
Refrain
Passons donc l'analyse de texte, partie culturelle (!!!!!!) et linguistique de notre article en liaison avec la rubrique patois de notre blog. Nous procéderons par ordre vaguement alphabétique comme de coutume dans nos pages...
boujon : C'est un belgicisme qui désigne un barreau de chaise , de balustrade ou d'échelle. Ce mot est aussi employé dans le parler populaire morvandais et normand.
cabaret : Un cabaret ou un estaminet est originellement un débit de boissons, synonyme de café, mais servant en général de la bière et proposant aussi du tabac et des jeux traditionnels.
candelle : une chandelle. Le patois du Nord a tendance à transformer les "ch" en "qu". Du coup, on voit tout de suite ce qu'est une équelle et ce que c'est que quier ! Voir la lettre C dans l'article -----> ici
consel : Conseil. Le patois n'aime pas le son "ille" final, il le transforme en "l". Voir dans la même chanson : ortel, solel, files. Au siècle dernier, les conscrits passaient le Conseil de Révision, sorte de visite médicale pour décider s'ils étaient aptes à faire leur service militaire.
filer : J' filos toutes les files au lieu d' filer min fil. Admirez la finesse du jeu de mots autour du fil...
gymnasse : Le patois n'aime pas trop le son "z". Ainsi, église devient égliche ou églisse, fraise devient fraisse, anglaise devient inglaisse... Et gymnase devient gymnasse. Au début du xxe siècle, les pratiques physiques d’entretien s’organisent autour du culte de la force, tant dans les sociétés militaires que dans les gymnases de culture physique. Il était de bon ton de fréquenter le gymnase comme preuve de masculinité.
Le Kaiser : empereur d'Allemagne au XIXe siècle et au début du XXe. Le dernier Kaiser fut Guillaume II destitué à la fin de la deuxième Guerre Mondiale en 1918. Ce qui permet de dater approximativement la chanson.
maronne : culotte. Une maronne est une culotte, quelquefois on dit les maronnes, qui désignent alors plutôt un pantalon.
Armonte et' maronne, tin patalon i quet. (ton pantalon tombe) Trinner dins ses maronnes. (avoir peur) Alle porte les maronnes. (c'est la femme qui commande) N' pos t'nir dins ses maronnes (un gringalet) Quind in dit à un homme qu'y a rin dins s'maronne, ch'est pos flatteur pour li ! Pour parler d'une mauvaise bière, on dit: - Alle sint l' maronne du brasseux ! I li a mis s’ main à s’ maronne, pour qu’elle li cultive ses prones. (Les Capenoules - Les filles de St Sauveur) -sans commentaires...-
Père Louis : Allusion au sexe masculin, d'origine inconnue, apparemment pour la rime avec toudis... néanmoins, ledit sexe revient souvent dans les chansons des Capenoules. Voir : Min p'tit s'rin (-----> ici), Min p'tit arrosoir, Min poreau, Min p'tit frère...
quinzaine : Autrefois, les ouvriers touchaient leur salaire toutes les deux semaines, d'où le terme quinzaine. Certains s'empressaient d'aller la dilapider au cabaret.
On disait aller à l'quinzaine quand on allait recevoir son salaire au bureau de l'usine. Quand quelqu'un avait mauvaise mine, on lui disait : " In dirot qu' t' as perdu t' quinzaine !"
siffler des verres : boire d'un trait. Expression déjà en usage au XVe siècle
Petit apparté sur la conjugaison à l'imparfait en patois : J'allos, j' quios, j'étos, j'avos, j' faisos,j' filos, j'pissos elle dijot, i' étot z' étottent les "ai" finaux du français se transforment en "o". A titre d'exemple la conjugaison complète des auxilaires être et avoir d'après Guy Dubois.
Signalons pour conclure que les bochus sont encore à l'honneur dans l’œuvre des Capenoules. Deux titres reprennent le thème :
Ratatchu bochu
et (Cliquer sur le titre pour afficher le lecteur)
Titre aussi concis que culturel pour un nouvel article de ...
Le chef-d'œuvre en question s'intitule Charlot l'bochu et nous est offert par les Capenoules, groupe symphonique et vocal éminemment intellectuel que tout amateur de se doit de connaître !
Au cas invraisemblable où quelqu'un n'aurait pas connaissance de ces grands artistes, nous vous rappelons qu'un article pratiquement exhaustif leur fut consacré dans ce blog :
Bref, vous l'avez compris, encore une fois à lire au second degré, et pas pour les yeux et les oreilles sensibles...
Ecoutez... et regardez d'abord le chef-d'œuvre agrémenté de quelques images d'époques.
Note de Dudu à l'attention des visiteurs pointilleux : Non, le s au bout d'époques n'est ni une faute de frappe, ni une erreur orthographique. Il s'agit bien d'images de deux époques différentes : l'une, les années 1900-1920 évoquées dans la chanson ; l'autre, les années 1970, période de gloire des Capenoules...
Passons maintenant au texte tout en nuances et en finesse littéraire :
Refrain :
Ch’est mi Charlot l’bochu, Roubaix, Tourcoing , m’a vu, dins ches cafés.-concerts, In sifflot des grands verres. In sifflot des grands verres
À l’âge eud’ six ans, j’allos à l’école, j’allos à l’école du père Anatole Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’ quios dins m’maronne chaque fos qu’ j'étos puni
Refrain
À l’âge eud’ douze ans, j’ faisos m’communion, j’ faisos m’communion à l’église St Jean Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’avos comme candelle eul’ boujon d’eune équelle
Refrain
À l’âge eud’ quinze ans, j’allos à l’ gymnasse, j’allos à l’ gymnasse pour devenir un as Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’ faisos l’ grand solel avec mes deux ortels
Refrain
À l’âge eud’ seize ans, j’allos à l’usine, j’allos à l’usine du vieux père Achille Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, J’ filos toutes les files, au lieu d’ filer min fil
Refrain
À l’âge de dix-huit ans, j’ai passé l’ consel, j’ai passé l’ consel pour la révision Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, z’étottent stomaqués eud’ vir min père Louis
Refrain
À l’âge eud’ dix-neuf ans, j’ai perdu m’ quinzaine, j’ai perdu m’ quinzaine dins les cabarets Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’pissos dins m’ maronne tellemint qu’ j’avos d’ plaiji
Refrain
À l’âge eud’ vingt ans, j’allos à la guerre, j’allos à la guerre, pour tuer l’ Kaiser Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, j’avos comme fusil un manche eud’ parapluie
Refrain
À l’âge eud’ trente ans, j’avos un infant, j’avos un infant, gros comme un cochon Ha ! Mes bons amis, j’ m’in rappellerai toudis, eum’mère elle me dijot qu’i’ étot plus biête que mi
Refrain
Passons donc l'analyse de texte, partie culturelle (!!!!!!) et linguistique de notre article en liaison avec la rubrique patois de notre blog. Nous procéderons par ordre vaguement alphabétique comme de coutume dans nos pages...
boujon : C'est un belgicisme qui désigne un barreau de chaise , de balustrade ou d'échelle. Ce mot est aussi employé dans le parler populaire morvandais et normand.
cabaret : Un cabaret ou un estaminet est originellement un débit de boissons, synonyme de café, mais servant en général de la bière et proposant aussi du tabac et des jeux traditionnels.
candelle : une chandelle. Le patois du Nord a tendance à transformer les "ch" en "qu". Du coup, on voit tout de suite ce qu'est une équelle et ce que c'est que quier ! Voir la lettre C dans l'article -----> ici
consel : Conseil. Le patois n'aime pas le son "ille" final, il le transforme en "l". Voir dans la même chanson : ortel, solel, files. Au siècle dernier, les conscrits passaient le Conseil de Révision, sorte de visite médicale pour décider s'ils étaient aptes à faire leur service militaire.
filer : J' filos toutes les files au lieu d' filer min fil. Admirez la finesse du jeu de mots autour du fil...
gymnasse : Le patois n'aime pas trop le son "z". Ainsi, église devient égliche ou églisse, fraise devient fraisse, anglaise devient inglaisse... Et gymnase devient gymnasse. Au début du xxe siècle, les pratiques physiques d’entretien s’organisent autour du culte de la force, tant dans les sociétés militaires que dans les gymnases de culture physique. Il était de bon ton de fréquenter le gymnase comme preuve de masculinité.
Le Kaiser : empereur d'Allemagne au XIXe siècle et au début du XXe. Le dernier Kaiser fut Guillaume II destitué à la fin de la deuxième Guerre Mondiale en 1918. Ce qui permet de dater approximativement la chanson.
maronne : culotte. Une maronne est une culotte, quelquefois on dit les maronnes, qui désignent alors plutôt un pantalon.
Armonte et' maronne, tin patalon i quet. (ton pantalon tombe) Trinner dins ses maronnes. (avoir peur) Alle porte les maronnes. (c'est la femme qui commande) N' pos t'nir dins ses maronnes (un gringalet) Quind in dit à un homme qu'y a rin dins s'maronne, ch'est pos flatteur pour li ! Pour parler d'une mauvaise bière, on dit: - Alle sint l' maronne du brasseux ! I li a mis s’ main à s’ maronne, pour qu’elle li cultive ses prones. (Les Capenoules - Les filles de St Sauveur) -sans commentaires...-
Père Louis : Allusion au sexe masculin, d'origine inconnue, apparemment pour la rime avec toudis... néanmoins, ledit sexe revient souvent dans les chansons des Capenoules. Voir : Min p'tit s'rin (-----> ici), Min p'tit arrosoir, Min poreau, Min p'tit frère...
quinzaine : Autrefois, les ouvriers touchaient leur salaire toutes les deux semaines, d'où le terme quinzaine. Certains s'empressaient d'aller la dilapider au cabaret.
On disait aller à l'quinzaine quand on allait recevoir son salaire au bureau de l'usine. Quand quelqu'un avait mauvaise mine, on lui disait : " In dirot qu' t' as perdu t' quinzaine !"
siffler des verres : boire d'un trait. Expression déjà en usage au XVe siècle
Petit apparté sur la conjugaison à l'imparfait en patois : J'allos, j' quios, j'étos, j'avos, j' faisos,j' filos, j'pissos elle dijot, i' étot z' étottent les "ai" finaux du français se transforment en "o". A titre d'exemple la conjugaison complète des auxilaires être et avoir d'après Guy Dubois.
Signalons pour conclure que les bochus sont encore à l'honneur dans l’œuvre des Capenoules. Deux titres reprennent le thème :
Ratatchu bochu
et (Cliquer sur le titre pour afficher le lecteur)