Publié le 30 Juillet 2022
Une compilation des parodies des Albums "Martine" avec des titres en patois du Nord...
Un peu de moi : ma région du Nord, mes goûts musicaux un peu décalés, ma passion pour le spectacle de rue, mes voyages... Un peu de tout : des blogs intéressants, de l'humour, des images, de l'émotion peut-être, de la vie, quoi...
Publié le 30 Juillet 2022
Une compilation des parodies des Albums "Martine" avec des titres en patois du Nord...
Publié le 10 Octobre 2019
Dans le cadre de notre grande rubrique "Anatomie d'un chef-d'œuvre musical suivie de quelques considérations historiques et remarques linguistiques picardes" (voir -----> ici),
a le plaisir de vous présenter aujourd'hui une œuvre inoubliable interprétée par le grand Raoul de Godewarsvelde, bien sûr très présent dans nos pages (voir -----> ici) :
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Version originale de Bertal, chanteur populaire lillois des années 20, 30 et 40
Maintenant une écoute agrémentée d'images tirées du livre Les chansons en imaches de Raoul de Godewarsvelde (Éditions Imbroglio - 2006).
Attention, ne vous fiez pas aux paroles écrites dans la bande dessinée, la transcription est très approximative...
Voici maintenant les vraies paroles de ce chef d’œuvre :
(Notez que le deuxième couplet est complétement différent de la version originale de Bertal)
À vingt-chinq ans quand j'ai connu Lodie
Je n' vous l' cache point, j' l'aimos comme mes deux yeux
Pour li prouver je l' marios à l' brad'rie
J' comptos fin bien avoir un sort heureux
Mais j' n'avos point pus tros s'maines eud' ménache
Qu'elle retournot déjà tout dins m' mason
Que d' fos j'ai dit, in pinsant au mariache
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Auparavant elle n'étot point coquette
Même eul' dimanche, elle mettot point d' capieau
À ch't' heure la belle, i li faut de l' toilette
À chaque saison, i li faut du nouvieau
À l' poud' eud' riz, elle barboulle sin visache
Elle frise s' tiête tout comme un quien mouton
Elle se gasconne, faut intinde sin lingache
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Comme tous les jours, eun' nouvielle maladie
Est découverte par tous ches brafes méd'cins
Cont' les microbes, elle prind de l' garantie,
In avalant du g'nief' tous les matins
Dins les cantines, jusqu'au vin elle mesure
Elle est connue tout à fait comme l'houblon
À tous les r'pas, j' minge des peimmes tierre à l' plure
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Jeunes gins quind vous verrez qu'eun' sainte-nitouche
Vous parle d'amour, in abachant ses yeux
Méfiez-vous z'in, car bien souvint ch'est louche
Faire du batt'mint, ch'est c' qu'eun' femme elle fait d'mieux
Eun' fos marié, ch'est l'boulet pour la vie
Qu'il faut traîner hélas sans rémission
J'in ai la preuve, par m' puante Lodie
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Si j'avos su, j'aros resté garchon
Passons à l'étude linguistique de cet immense texte littéraire :
Conjugaison
- Tout d'abord, un retour rapide sur la conjugaison à l'imparfait où les terminaisons en ais, ait... se font en os, ot... J' l'aimos, je l' marios, j' comptos, j' n'avos, elle retournot, elle n'étot, elle mettot.
Prononciation
- En patois lillois, les "ge" finaux se transforment souvent en "che", voir ménache, mariache, visache, lingache...
De même, le son "s" devient bien souvent "ch" : vingt-chinq, garchon, à ch't' heure (à cette heure, maintenant), in abachant (en abaissant), ch'est...
- Le son "an" se transforme souvent en "in" : dins, in pinsant, intinde, elle prind, j' minge, souvint, du batt'mint, j'in ai la preuve...
- Dans certains mots, on intercale un "i" dans la dernière syllabe non muette : s' tiête, nouvielle, et particulièrement dans les noms en "eau": capieau (chapeau), nouvieau...
Mots et expressions
- Je l' marios à l' brad'rie (Je l'épousais à la braderie). La braderie de Lille est un événement important. Se marier à la braderie fait donc partie d'un grand événement... A noter l'emploi de marier en tant que verbe transitif : je la mariais.
- Si j'avos su, j'aros resté garchon. On pense indéniablement à la réplique du petit Gibus dans La Guerre des Boutons : Si j'aurais su, j'aurais pas venu. A la différence que la patois utilise correctement l'indicatif dans la première partie de la phrase. Par contre, "j'aros resté" fait un peu grincer les oreilles !
- fin bien : dans cette expression "fin" veut dire très, extrêmement. On retrouve ce mot dans fin bénache (très tranquille, très heureux) ou fin bieau.
- un quien mouton : un chien mouton, bien sûr un caniche.
- Elle se gasconne : elle soigne son langage, n'emploie pas de mots patois. Elle a une attitude affectée et prétentieuse.
- du g'nief' : du genièvre. Jusque dans les années 50, il était encore habituel de se donner "un petit coup de fouet" en avalant un verre de genièvre avant de partir au travail. Il paraît que même les enfants avaient droit à un p'tit verre avant d'aller à l'école de bon matin...
- Elle est connue comme l'houblon (comme le houblon) : on pense tout de suite à l'expression "connu comme le loup blanc". Apparemment, elle se serait déformée dans les estaminets du Nord devant les pintes de bière... Certaines sources vont jusqu'à prétendre que l'expression "comme le houblon" est antérieure à l'autre ! Mais Dudu pense que la mauvaise foi régionaliste n'est pas loin...
- des peimmes tierre à l' p'lure (des pommes de terre à la pelure). "Un sauret (hareng saur) et des peimmes tierre à l' p'lure" : un festin pour un vrai nordiste !
Voilà qui clôt notre page musicale, culturelle et régionale.
espère que vous vous êtes cultivés ou pour le moins un peu amusés.
Publié le 15 Mars 2019
Titre aussi concis que culturel pour un nouvel article de
...
Le chef-d'œuvre en question s'intitule Charlot l'bochu et nous est offert par les Capenoules, groupe symphonique et vocal éminemment intellectuel que tout amateur de
se doit de connaître !
Au cas invraisemblable où quelqu'un n'aurait pas connaissance de ces grands artistes, nous vous rappelons qu'un article pratiquement exhaustif leur fut consacré dans ce blog :
Cliquez donc -----> ici
Bref, vous l'avez compris, encore une fois à lire au second degré, et pas pour les yeux et les oreilles sensibles...
Ecoutez... et regardez d'abord le chef-d'œuvre agrémenté de quelques images d'époques.
Note de Dudu à l'attention des visiteurs pointilleux : Non, le s au bout d'époques n'est ni une faute de frappe, ni une erreur orthographique. Il s'agit bien d'images de deux époques différentes : l'une, les années 1900-1920 évoquées dans la chanson ; l'autre, les années 1970, période de gloire des Capenoules...
Passons maintenant au texte tout en nuances et en finesse littéraire :
|
Refrain : Ch’est mi Charlot l’bochu, Roubaix, Tourcoing , m’a vu, Refrain À l’âge eud’ douze ans, j’ faisos m’communion, Refrain À l’âge eud’ quinze ans, j’allos à l’ gymnasse, Refrain À l’âge eud’ seize ans, j’allos à l’usine, |
Refrain À l’âge de dix-huit ans, j’ai passé l’ consel, Refrain À l’âge eud’ dix-neuf ans, j’ai perdu m’ quinzaine, Refrain À l’âge eud’ vingt ans, j’allos à la guerre, Refrain À l’âge eud’ trente ans, j’avos un infant, Refrain |
Passons donc l'analyse de texte, partie culturelle (!!!!!!) et linguistique de notre article en liaison avec la rubrique patois de notre blog. Nous procéderons par ordre vaguement alphabétique comme de coutume dans nos pages...
boujon : C'est un belgicisme qui désigne un barreau de chaise , de balustrade ou d'échelle. Ce mot est aussi employé dans le parler populaire morvandais et normand.
cabaret : Un cabaret ou un estaminet est originellement un débit de boissons, synonyme de café, mais servant en général de la bière et proposant aussi du tabac et des jeux traditionnels.

Œuvre de Léopold Simons (voir -----> ici)
candelle : une chandelle. Le patois du Nord a tendance à transformer les "ch" en "qu". Du coup, on voit tout de suite ce qu'est une équelle et ce que c'est que quier !
Voir la lettre C dans l'article -----> ici
consel : Conseil. Le patois n'aime pas le son "ille" final, il le transforme en "l". Voir dans la même chanson : ortel, solel, files.
Au siècle dernier, les conscrits passaient le Conseil de Révision, sorte de visite médicale pour décider s'ils étaient aptes à faire leur service militaire.
filer : J' filos toutes les files au lieu d' filer min fil.
Admirez la finesse du jeu de mots autour du fil...
gymnasse : Le patois n'aime pas trop le son "z". Ainsi, église devient égliche ou églisse, fraise devient fraisse, anglaise devient inglaisse... Et gymnase devient gymnasse.
Au début du xxe siècle, les pratiques physiques d’entretien s’organisent autour du culte de la force, tant dans les sociétés militaires que dans les gymnases de culture physique. Il était de bon ton de fréquenter le gymnase comme preuve de masculinité.
Le Kaiser : empereur d'Allemagne au XIXe siècle et au début du XXe. Le dernier Kaiser fut Guillaume II destitué à la fin de la deuxième Guerre Mondiale en 1918. Ce qui permet de dater approximativement la chanson.
maronne : culotte. Une maronne est une culotte, quelquefois on dit les maronnes, qui désignent alors plutôt un pantalon.
Armonte et' maronne, tin patalon i quet. (ton pantalon tombe)
Trinner dins ses maronnes. (avoir peur)
Alle porte les maronnes. (c'est la femme qui commande)
N' pos t'nir dins ses maronnes (un gringalet)
Quind in dit à un homme qu'y a rin dins s'maronne, ch'est pos flatteur pour li !
Pour parler d'une mauvaise bière, on dit:
- Alle sint l' maronne du brasseux !
I li a mis s’ main à s’ maronne, pour qu’elle li cultive ses prones.
(Les Capenoules - Les filles de St Sauveur) -sans commentaires...-
Père Louis : Allusion au sexe masculin, d'origine inconnue, apparemment pour la rime avec toudis...
néanmoins, ledit sexe revient souvent dans les chansons des Capenoules. Voir : Min p'tit s'rin (-----> ici), Min p'tit arrosoir, Min poreau, Min p'tit frère...
quinzaine : Autrefois, les ouvriers touchaient leur salaire toutes les deux semaines, d'où le terme quinzaine. Certains s'empressaient d'aller la dilapider au cabaret.
On disait aller à l'quinzaine quand on allait recevoir son salaire au bureau de l'usine.
Quand quelqu'un avait mauvaise mine, on lui disait : " In dirot qu' t' as perdu t' quinzaine !"
siffler des verres : boire d'un trait. Expression déjà en usage au XVe siècle
toudis : toujours, voir -----> ici
Petit apparté sur la conjugaison à l'imparfait en patois :
J'allos, j' quios, j'étos, j'avos, j' faisos,j' filos, j'pissos
elle dijot, i' étot
z' étottent
les "ai" finaux du français se transforment en "o".
A titre d'exemple la conjugaison complète des auxilaires être et avoir d'après Guy Dubois.
Signalons pour conclure que les bochus sont encore à l'honneur dans l’œuvre des Capenoules.
Deux titres reprennent le thème :
Ratatchu bochu
et (Cliquer sur le titre pour afficher le lecteur)
Publié le 15 Mars 2019
Titre aussi concis que culturel pour un nouvel article de
...
Le chef-d'œuvre en question s'intitule Charlot l'bochu et nous est offert par les Capenoules, groupe symphonique et vocal éminemment intellectuel que tout amateur de
se doit de connaître !
Au cas invraisemblable où quelqu'un n'aurait pas connaissance de ces grands artistes, nous vous rappelons qu'un article pratiquement exhaustif leur fut consacré dans ce blog :
Cliquez donc -----> ici
Bref, vous l'avez compris, encore une fois à lire au second degré, et pas pour les yeux et les oreilles sensibles...
Ecoutez... et regardez d'abord le chef-d'œuvre agrémenté de quelques images d'époques.
Note de Dudu à l'attention des visiteurs pointilleux : Non, le s au bout d'époques n'est ni une faute de frappe, ni une erreur orthographique. Il s'agit bien d'images de deux époques différentes : l'une, les années 1900-1920 évoquées dans la chanson ; l'autre, les années 1970, période de gloire des Capenoules...
Passons maintenant au texte tout en nuances et en finesse littéraire :
|
Refrain : Ch’est mi Charlot l’bochu, Roubaix, Tourcoing , m’a vu, Refrain À l’âge eud’ douze ans, j’ faisos m’communion, Refrain À l’âge eud’ quinze ans, j’allos à l’ gymnasse, Refrain À l’âge eud’ seize ans, j’allos à l’usine, |
Refrain À l’âge de dix-huit ans, j’ai passé l’ consel, Refrain À l’âge eud’ dix-neuf ans, j’ai perdu m’ quinzaine, Refrain À l’âge eud’ vingt ans, j’allos à la guerre, Refrain À l’âge eud’ trente ans, j’avos un infant, Refrain |
Passons donc l'analyse de texte, partie culturelle (!!!!!!) et linguistique de notre article en liaison avec la rubrique patois de notre blog. Nous procéderons par ordre vaguement alphabétique comme de coutume dans nos pages...
boujon : C'est un belgicisme qui désigne un barreau de chaise , de balustrade ou d'échelle. Ce mot est aussi employé dans le parler populaire morvandais et normand.
cabaret : Un cabaret ou un estaminet est originellement un débit de boissons, synonyme de café, mais servant en général de la bière et proposant aussi du tabac et des jeux traditionnels.

Œuvre de Léopold Simons (voir -----> ici)
candelle : une chandelle. Le patois du Nord a tendance à transformer les "ch" en "qu". Du coup, on voit tout de suite ce qu'est une équelle et ce que c'est que quier !
Voir la lettre C dans l'article -----> ici
consel : Conseil. Le patois n'aime pas le son "ille" final, il le transforme en "l". Voir dans la même chanson : ortel, solel, files.
Au siècle dernier, les conscrits passaient le Conseil de Révision, sorte de visite médicale pour décider s'ils étaient aptes à faire leur service militaire.
filer : J' filos toutes les files au lieu d' filer min fil.
Admirez la finesse du jeu de mots autour du fil...
gymnasse : Le patois n'aime pas trop le son "z". Ainsi, église devient égliche ou églisse, fraise devient fraisse, anglaise devient inglaisse... Et gymnase devient gymnasse.
Au début du xxe siècle, les pratiques physiques d’entretien s’organisent autour du culte de la force, tant dans les sociétés militaires que dans les gymnases de culture physique. Il était de bon ton de fréquenter le gymnase comme preuve de masculinité.
Le Kaiser : empereur d'Allemagne au XIXe siècle et au début du XXe. Le dernier Kaiser fut Guillaume II destitué à la fin de la deuxième Guerre Mondiale en 1918. Ce qui permet de dater approximativement la chanson.
maronne : culotte. Une maronne est une culotte, quelquefois on dit les maronnes, qui désignent alors plutôt un pantalon.
Armonte et' maronne, tin patalon i quet. (ton pantalon tombe)
Trinner dins ses maronnes. (avoir peur)
Alle porte les maronnes. (c'est la femme qui commande)
N' pos t'nir dins ses maronnes (un gringalet)
Quind in dit à un homme qu'y a rin dins s'maronne, ch'est pos flatteur pour li !
Pour parler d'une mauvaise bière, on dit:
- Alle sint l' maronne du brasseux !
I li a mis s’ main à s’ maronne, pour qu’elle li cultive ses prones.
(Les Capenoules - Les filles de St Sauveur) -sans commentaires...-
Père Louis : Allusion au sexe masculin, d'origine inconnue, apparemment pour la rime avec toudis...
néanmoins, ledit sexe revient souvent dans les chansons des Capenoules. Voir : Min p'tit s'rin (-----> ici), Min p'tit arrosoir, Min poreau, Min p'tit frère...
quinzaine : Autrefois, les ouvriers touchaient leur salaire toutes les deux semaines, d'où le terme quinzaine. Certains s'empressaient d'aller la dilapider au cabaret.
On disait aller à l'quinzaine quand on allait recevoir son salaire au bureau de l'usine.
Quand quelqu'un avait mauvaise mine, on lui disait : " In dirot qu' t' as perdu t' quinzaine !"
siffler des verres : boire d'un trait. Expression déjà en usage au XVe siècle
toudis : toujours, voir -----> ici
Petit apparté sur la conjugaison à l'imparfait en patois :
J'allos, j' quios, j'étos, j'avos, j' faisos,j' filos, j'pissos
elle dijot, i' étot
z' étottent
les "ai" finaux du français se transforment en "o".
A titre d'exemple la conjugaison complète des auxilaires être et avoir d'après Guy Dubois.
Signalons pour conclure que les bochus sont encore à l'honneur dans l’œuvre des Capenoules.
Deux titres reprennent le thème :
Ratatchu bochu
et (Cliquer sur le titre pour afficher le lecteur)
Publié le 15 Mars 2019
Titre aussi concis que culturel pour un nouvel article de
...
Le chef-d'œuvre en question s'intitule Charlot l'bochu et nous est offert par les Capenoules, groupe symphonique et vocal éminemment intellectuel que tout amateur de
se doit de connaître !
Au cas invraisemblable où quelqu'un n'aurait pas connaissance de ces grands artistes, nous vous rappelons qu'un article pratiquement exhaustif leur fut consacré dans ce blog :
Cliquez donc -----> ici
Bref, vous l'avez compris, encore une fois à lire au second degré, et pas pour les yeux et les oreilles sensibles...
Ecoutez... et regardez d'abord le chef-d'œuvre agrémenté de quelques images d'époques.
Note de Dudu à l'attention des visiteurs pointilleux : Non, le s au bout d'époques n'est ni une faute de frappe, ni une erreur orthographique. Il s'agit bien d'images de deux époques différentes : l'une, les années 1900-1920 évoquées dans la chanson ; l'autre, les années 1970, période de gloire des Capenoules...
Passons maintenant au texte tout en nuances et en finesse littéraire :
|
Refrain : Ch’est mi Charlot l’bochu, Roubaix, Tourcoing , m’a vu, Refrain À l’âge eud’ douze ans, j’ faisos m’communion, Refrain À l’âge eud’ quinze ans, j’allos à l’ gymnasse, Refrain À l’âge eud’ seize ans, j’allos à l’usine, |
Refrain À l’âge de dix-huit ans, j’ai passé l’ consel, Refrain À l’âge eud’ dix-neuf ans, j’ai perdu m’ quinzaine, Refrain À l’âge eud’ vingt ans, j’allos à la guerre, Refrain À l’âge eud’ trente ans, j’avos un infant, Refrain |
Passons donc l'analyse de texte, partie culturelle (!!!!!!) et linguistique de notre article en liaison avec la rubrique patois de notre blog. Nous procéderons par ordre vaguement alphabétique comme de coutume dans nos pages...
boujon : C'est un belgicisme qui désigne un barreau de chaise , de balustrade ou d'échelle. Ce mot est aussi employé dans le parler populaire morvandais et normand.
cabaret : Un cabaret ou un estaminet est originellement un débit de boissons, synonyme de café, mais servant en général de la bière et proposant aussi du tabac et des jeux traditionnels.

Œuvre de Léopold Simons (voir -----> ici)
candelle : une chandelle. Le patois du Nord a tendance à transformer les "ch" en "qu". Du coup, on voit tout de suite ce qu'est une équelle et ce que c'est que quier !
Voir la lettre C dans l'article -----> ici
consel : Conseil. Le patois n'aime pas le son "ille" final, il le transforme en "l". Voir dans la même chanson : ortel, solel, files.
Au siècle dernier, les conscrits passaient le Conseil de Révision, sorte de visite médicale pour décider s'ils étaient aptes à faire leur service militaire.
filer : J' filos toutes les files au lieu d' filer min fil.
Admirez la finesse du jeu de mots autour du fil...
gymnasse : Le patois n'aime pas trop le son "z". Ainsi, église devient égliche ou églisse, fraise devient fraisse, anglaise devient inglaisse... Et gymnase devient gymnasse.
Au début du xxe siècle, les pratiques physiques d’entretien s’organisent autour du culte de la force, tant dans les sociétés militaires que dans les gymnases de culture physique. Il était de bon ton de fréquenter le gymnase comme preuve de masculinité.
Le Kaiser : empereur d'Allemagne au XIXe siècle et au début du XXe. Le dernier Kaiser fut Guillaume II destitué à la fin de la deuxième Guerre Mondiale en 1918. Ce qui permet de dater approximativement la chanson.
maronne : culotte. Une maronne est une culotte, quelquefois on dit les maronnes, qui désignent alors plutôt un pantalon.
Armonte et' maronne, tin patalon i quet. (ton pantalon tombe)
Trinner dins ses maronnes. (avoir peur)
Alle porte les maronnes. (c'est la femme qui commande)
N' pos t'nir dins ses maronnes (un gringalet)
Quind in dit à un homme qu'y a rin dins s'maronne, ch'est pos flatteur pour li !
Pour parler d'une mauvaise bière, on dit:
- Alle sint l' maronne du brasseux !
I li a mis s’ main à s’ maronne, pour qu’elle li cultive ses prones.
(Les Capenoules - Les filles de St Sauveur) -sans commentaires...-
Père Louis : Allusion au sexe masculin, d'origine inconnue, apparemment pour la rime avec toudis...
néanmoins, ledit sexe revient souvent dans les chansons des Capenoules. Voir : Min p'tit s'rin (-----> ici), Min p'tit arrosoir, Min poreau, Min p'tit frère...
quinzaine : Autrefois, les ouvriers touchaient leur salaire toutes les deux semaines, d'où le terme quinzaine. Certains s'empressaient d'aller la dilapider au cabaret.
On disait aller à l'quinzaine quand on allait recevoir son salaire au bureau de l'usine.
Quand quelqu'un avait mauvaise mine, on lui disait : " In dirot qu' t' as perdu t' quinzaine !"
siffler des verres : boire d'un trait. Expression déjà en usage au XVe siècle
toudis : toujours, voir -----> ici
Petit apparté sur la conjugaison à l'imparfait en patois :
J'allos, j' quios, j'étos, j'avos, j' faisos,j' filos, j'pissos
elle dijot, i' étot
z' étottent
les "ai" finaux du français se transforment en "o".
A titre d'exemple la conjugaison complète des auxilaires être et avoir d'après Guy Dubois.
Signalons pour conclure que les bochus sont encore à l'honneur dans l’œuvre des Capenoules.
Deux titres reprennent le thème :
Ratatchu bochu
et (Cliquer sur le titre pour afficher le lecteur)
Publié le 1 Août 2018
Vous les attendiez, la langue pendante, les yeux exorbités, les narines frémissantes ! Les voili, les voiça, les explications du quiz picard...
1 - Ch'est comme mette un cataplasse sur eun' gampe ed' bos.
C'est comme mettre un cataplasme sur une jambe de bois.
Expression bien connue signifiant faire une chose inutile ou insuffisante
A noter dans le mot "gambe", le "j" initial du mot français jambe transformé en g, comme dans gambon (jambon), gardin (jardin), garbée (gerbe), gartier (jarretière)...
Ainsi que le "b" final de jambe prononcé p comme dans arpe (arbre), glope (globe), timpe (timbre)...
2 - All' a des cuisses ed' guernoulle !
Elle a des cuisses de grenouille !
Nul besoin d'explications... Eun' guernoulle (ou eun' garnoulle) est bien sûr une grenouille. A noter que la grenouille se nomme raine en rouchi (patois valenciennois), qui est un mot du vieux français dérivé du latin rana. Et le mot grenouille serait en fait une dérivation du mot raine. Quelle érudition
!
3 - I n' d'a jusqu'à s' gorgère !
Il en a jusqu'à son col de chemise !
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Se dit pour un goinfre quand il est repu...
On dit aussi : ch'est un galaffe (ou un goulaffe) : un gourmand.
Si le col de chemise est trop étroit, on dit : M' gorgère, all' m'étranne ! (elle m'étrangle)
4 - Quand te rigoles, in dirot un sac ed' gauques qui déchint du cinquième étache.
Quand tu ris, on dirait un sac de noix qui descend du cinquième étage.
On le voit dans cet extrait du dictionnaire rouchi-français, eun' gauque (ou eun' gaugue ou eun' gueuque) est une noix. Un gauquier est un noyer.
Eun'gauquerie, par contre, désigne un endroit où on vendait du poisson pas très frais... Donc apparemment rien à voir avec les noix...
Ch'est quand on n'a pus d' dints qu'on veut minger des gauques.
Les noix symbolisent le superflu, les plaisirs de la table. Quand on est jeune, on a les possibilités physiques (dents, estomac) d'y goûter, mais pas les moyens de se les payer. Quand on est vieux, c'est l'inverse ; les dents, hélas sont parties !
5 - I s' couche comme chés glaines et i s' lève comme chés cos.
Il se couche comme les poules et se lève comme les coqs.
Se dit d'une personne qui se couche tôt et se lève de bonne heure.
Eun' glaine, c'est une poule. [du latin gallina ; en ancien français : geline, galine, gline = poule ; la gélinotte est une poule des bois, dont le mâle est le coq... des marais ; le terme poule vient de pulla, féminin de pullus = petit d'un animal ; en ancien français, poul = coq... (extrait d'un site universitaire : -----> ici)]
Un co bien sûr, c'est un coq. A ce propos, il revient à nos mémoires un article génial d'un blog non moins génial. Allez le consulter ici :-----> ici.
Pour en revenir aux glaines, les dictons en picard à leur sujet foisonnent. Quand on saura qu'eun' glaine désigne aussi une femme, il ne faudra pas s'étonner qu'ils soient pour certains quelque peu misogynes !..
| I vaut mieux un oeu dins s' main qu' deux dins l' cul d'eun' glaine. |
Rintrez vos glaines, |
|
| Ch'est mie l' glaine qu'all' codache l' pus qu'all' pond l' plus. | Des glaines, des vaques, des femmes, ch'est chu qu'i a d' pus imbêtant au monte. |
Si besoin était, voici les traductions :
- Quand la poule chante plus haut que le coq, il faut lui rabattre son caquet.
- Il vaut mieux un œuf dans sa main que deux dans le derrière d'une poule.
- Rentrez vos poules, je délivre mon coq. (Se dit aux parents des filles quand les jeunes gens sont de sortie)
- Ce n'est pas la poule qui caquette le plus, qui pond le plus.
- C'est toujours pour les poules que les coqs se disputent.
- Des poules, des vaches, des femmes, c'est ce qu'il y a de plus embêtant au monde.
6 - "All' jouot à l' guisse avec tous chés garçons..."
"Elle jouait à la guise avec tous les garçons..."
Début du refrain d'un succès mondial et tout en finesse du crooner Edmond Tanière que Dudu va vous remettre en mémoire au cas où, vraiment par hasard, vous seriez passé à côté sans le remarquer.
[Le jeu de guise: appelé "djise" ou "ch'caterlet", était autrefois l'une des distractions favorites des enfants. Il ne réclame que des moyens rudimentaires et peu coûteux, un morceau de bois rond d'une douzaine de centimètres et affûté aux extrémités ainsi que deux battes, ses règles étaient des plus simples.
Un joueur tapait sur un bout de la guise posée sur des briques pour l’élever, criait: "djise" puis la frappait de toutes ses forces. Un autre joueur, placé à dix mètres, répondait "drouète" et tentait de la rattraper au vol. S'il y parvenait, il criait "dins m'castchette", marquait le point et devenait à son tour le "frappeur". Un jeu amusant, qui faisait la terreur des passants mais la joie des vitriers !]
[Extrait d'un site sur les jeux picards -----> ici]
Voir aussi cette page très documentée sur les règles du jeu de guise -----> ici
![]() |
|
Pour revenir à notre chanson, il ne vous a pas échappé que celle-ci est à double sens...
Vue la forme de la guise faisant vaguement penser à une partie intime de l'anatomie masculine...
Dudu se rappelle d'ailleurs que, dans sa prime jeunesse (c'est-à-dire il y a beaucoup trop longtemps...), les enfants avaient coutume de nommer cette partie intime : une guisse...
7 - Et' gaïolle all' est ouverte, tin monieau i va s'involer.
Ta cage est ouverte, ton moineau va s'envoler.
Allusion évidente à une braguette ouverte...
Une cage est eun' gaïolle (ou eun' gayole). A rapprocher du mot français geôle (prison) et même de l'anglais "jail".
A noter qu'une cage se dit aussi eun' cache. Mais que cacher veut dire chercher ou chasser... Par contre, cacher se dit mucher en picard. Ca va, pas trop perdu ?..
I a infreumé sin pinchon dins l' cache. (Il a enfermé son pinson dans la cage.)
I est parti à l' cache dins ch' bos. (Il est parti à la chasse dans le bois.)
I cache après perdu. (Il est embarrassé, il ne sait quel parti prendre.)
El' miux pour mucher sin cul, ch'est cor eun' maronne. (Le mieux pour cacher son derrière, c'est encore une culotte.)

La Porte Gayole à Boulogne-sur-Mer
A propos de gayole, on ne peut passer à côté de cet autre chef d’œuvre, chanson traditionnelle du foklore wallon reprise par le poête et chanteur Julos Beaucarne : All' me l'avot toudis promis.
Chanson déjà évoquée dans nos pages (-----> ici) à propos d'un certain "p'tit s'rin"...
Bien entendu, il ne faut pas trop se torturer les neurones pour découvrir le double sens des paroles...
8 - T'es comme un sauret, et' gueule artirée i n' reste pus grand-cosse.
Tu es comme un hareng saur, ta tête retirée, il ne reste plus grand-chose.
Eul' gueule est un mot assez trivial pour désigner la tête (ou éventuellement la bouche).
All' est tout en gueule. (Elle parle tout le temps.)
Mets t' gueule à ch' mur, i manque eun' brique. (Mets ta tête dans le mur, il manque une brique.-pour se débarrasser d'un gêneur-)
Eun' vaque qui brait, all' perd eun' gueulée. (Une vache qui meugle perd une ration de nourriture. - travaille et tais-toi ! )
Ann' n'a jamais assez, all' a toudis s' gueule ouverte. (Elle n'en a jamais assez, elle a toujours la bouche ouverte. - elle parle sans arrêt, elle veut toujours avoir le dernier mot -)
Ch'est un gueulard, i a mingé tous chés resses. (C'est un gourmand, il a mangé tous les restes.)
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Comment ? Vous en voulez encore du picard ?.. |
Publié le 14 Juillet 2018
Gageons que ce génial titre emprunté à notre non moins géniale rubrique Monsieur et Madame en picard (voir -----> ici) aiguisera la curiosité de nos lecteurs...
Pour résumer, il va s'agir cette fois de trouver des mots en picard pour compléter les phrases proposées. Ces mots commençant tous par la lettre G, d'où le titre précédemment qualifié et qui devient par ces explications encore plus génial...
Prétexte à réviser notre parler régional, à instruire et, nous l'espérons
, à faire sourire notre lectorat.
La solution du quizz et les explications -----> ici
Publié le 20 Avril 2016
Comme son nom l'indique, cette page renvoie aux articles consacrés au...
Picard et patois du Nord et du Pas-de-Calais
(seul intitulé que Dudu a trouvé pour ce qu'on nomme habituellement "C..'.i", désignation réductrice et quelque peu péjorative qu'il n'aime pas et préfère ne pas utiliser...)
Cliquez sur les titres pour accéder à l'article correspondant.
Liste pour l'instant non exhaustive...
Sans oublier les désormais institutionnels de
, dont certains "tout de notre cru", Monsieur et Madame...
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